Arrêté de mise en sécurité : lire l'arrêté, contester ce qui doit l'être, obtenir la mainlevée

Un arrêté arrive rarement seul : il s'accompagne d'un périmètre de sécurité, parfois d'une interdiction d'habiter, et toujours d'un délai. Le réflexe utile n'est pas de contester en bloc, mais de séparer ce qui est solidement fondé de ce qui ne l'est pas, puis de traiter la mainlevée comme le vrai objectif.

Immeuble parisien ceinturé de barrières de sécurité sur toute la longueur du trottoir
En bref

Le péril a changé de nom, pas de conséquences

Depuis le 1er janvier 2021, péril ordinaire et péril imminent ont fusionné dans une procédure unique de mise en sécurité. La voie ordinaire impose une phase contradictoire d'au moins un mois et un délai d'exécution qui ne peut pas non plus être inférieur à un mois ; la voie d'urgence permet d'ordonner immédiatement les seules mesures indispensables. Le retard d'exécution expose à une astreinte pouvant atteindre 1 000 € par jour, et la mainlevée ne s'obtient jamais d'office : elle se demande, se prouve, puis se publie.

PIÈCE 01Deux voies, deux régimes

Sur quel fondement l'arrêté a-t-il été pris

C'est la première question, et elle commande tout le reste. L'ordonnance du 16 septembre 2020, applicable depuis le 1er janvier 2021, a regroupé le péril ordinaire, le péril imminent et une dizaine de polices spéciales voisines dans une police unique de la sécurité et de la salubrité des immeubles. Le vocabulaire des anciens arrêtés a disparu, mais la ligne de partage subsiste sous une autre forme : il existe une procédure de droit commun, contradictoire, et une procédure d'urgence qui s'en dispense.

Les deux chemins possibles avant la notification

Ce que l'autorité doit faire avant de prescrire, selon qu'elle agit en procédure ordinaire ou en urgence.

VOIE ORDINAIRE · ART. L511-10 ET L511-11 Constat Projet d'arrêté Observations Arrêté Exécution ≥ 1 MOIS ≥ 1 MOIS VOIE D'URGENCE · ART. L511-19 Danger imminent Expert judiciaire Arrêté immédiat Exécution AVIS SOUS 24 H AUCUNE OBSERVATION PRÉALABLE

Ce que la voie ordinaire vous doit

L'information des désordres constatés, la communication du rapport qui fonde l'arrêté, et un délai d'au moins un mois pour présenter vos observations. Le délai d'exécution fixé par l'arrêté ne peut pas non plus être inférieur à un mois à compter de la notification, sauf urgence. Ces exigences figurent aux articles L511-10 et L511-11 du code de la construction et de l'habitation.

Ce que l'urgence permet de sauter

En cas de danger imminent et manifeste, l'autorité ordonne sans procédure contradictoire préalable les seules mesures indispensables pour faire cesser le danger. L'expert désigné par le juge administratif se prononce dans les vingt-quatre heures de sa désignation, et se prononce également sur les bâtiments mitoyens. Le régime est décrit à la section urgence du code.

Cette distinction n'est pas théorique. Un arrêté pris sur le fondement de l'urgence peut valablement se passer de vos observations, mais il ne peut prescrire que les mesures indispensables : étaiement, dépose d'un élément menaçant de tomber, pose d'un filet, évacuation. S'il prescrit une reprise complète de façade ou une démolition, il excède ce que l'urgence autorise, et c'est un moyen sérieux. Inversement, un arrêté ordinaire notifié sans qu'aucun courrier préalable n'ait été reçu est entaché d'un vice de procédure qui se plaide seul.

Balcon en pierre éclatée laissant apparaître des armatures corrodées, retenu par un filet de sécurité
Le désordre qui déclenche le plus souvent une procédure d'urgence en Île-de-France : un élément de façade en surplomb dont l'armature a gonflé en corrodant, avec risque de chute sur la voie publique. Le filet et l'étaiement sont des mesures conservatoires, pas la réparation.
PIÈCE 02Lecture de l'arrêté

Cinq endroits où un arrêté se fragilise

Un arrêté de mise en sécurité est un acte administratif ordinaire, avec une structure fixe : des visas, des considérants, un dispositif en articles, un délai, et une mention des voies de recours. Chacun de ces blocs peut être discuté, mais pas de la même manière ni avec les mêmes chances. La lecture utile consiste à passer sur chaque bloc avec une question précise plutôt qu'à contester l'existence du danger, ce qui est presque toujours le terrain le plus défavorable.

AUTORITÉ COMPÉTENTE · SERVICE DE L'HABITAT

Arrêté de mise en sécurité

1

VU

Le rapport technique établi le ... par le service compétent, ainsi que les pièces annexées.

2

CONSIDÉRANT

Que l'état des ouvrages désignés ci-après présente un danger pour la sécurité des occupants et des tiers.

3

ARTICLE 1er

Il est prescrit au propriétaire de faire réaliser les mesures suivantes ...

4

ARTICLE 2

Ces mesures devront être exécutées dans un délai de ... à compter de la notification du présent arrêté.

5

ARTICLE 4

Le présent arrêté peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative dans un délai de ...

Les cinq questions à poser au document

1Le rapport visé vous a-t-il été communiqué ?En procédure ordinaire, il doit l'être avant l'arrêté. Un rapport visé mais jamais transmis prive la phase contradictoire de son objet.
2Le danger est-il caractérisé, ouvrage par ouvrage ?Un considérant général qui vise l'immeuble entier pour un désordre localisé sur un seul balcon est le défaut le plus fréquent, et le plus utilement discuté.
3Les mesures prescrites sont-elles proportionnées ?La démolition ou l'interdiction définitive d'habiter ne peuvent être imposées que faute de moyen technique de remédier au danger, ou lorsque leur coût dépasserait celui de la reconstruction.
4Le délai est-il conforme ?Hors urgence, il ne peut pas être inférieur à un mois à compter de la notification. Un délai de quinze jours dans un arrêté ordinaire est irrégulier.
5Les voies et délais de recours sont-ils mentionnés ?Leur absence n'annule pas l'arrêté mais empêche le délai de recours de courir contre vous, ce qui change entièrement le calendrier.

En copropriété, une difficulté supplémentaire s'ajoute et elle explique beaucoup de blocages : l'arrêté peut viser les parties communes, auquel cas il s'adresse au syndicat des copropriétaires représenté par son syndic, ou des parties privatives, auquel cas il s'adresse au copropriétaire concerné. Un arrêté qui vise un balcon relevant des parties communes mais qui est notifié au seul occupant se conteste sur ce fondement. Lorsque la difficulté vient de l'inaction du syndic face à un arrêté notifié au syndicat, les leviers disponibles sont ceux exposés dans l'article sur le litige avec le syndic de copropriété.

PIÈCE 03Effets immédiats et recours

Ce que l'arrêté déclenche dès sa notification

Les effets ne dépendent pas de votre accord et ne sont pas suspendus par un recours. Lorsque l'arrêté porte interdiction d'habiter, les loyers cessent d'être dus à compter du premier jour du mois qui suit la notification ou l'affichage, et jusqu'au premier jour du mois qui suit la mainlevée. Le propriétaire doit en outre assurer l'hébergement ou le relogement des occupants à ses frais ; s'il ne le fait pas, l'autorité l'organise d'office et lui en refacture le coût. Sur un immeuble de rapport, la facture mensuelle devient très vite supérieure au coût des travaux prescrits.

Entrée d'immeuble condamnée par un panneau de bois avec barrière de chantier devant le seuil
L'interdiction d'accéder aux lieux se matérialise par une fermeture physique, à la charge du propriétaire. À défaut d'exécution, l'autorité fait poser elle-même la condamnation et récupère la dépense, s'ajoutant à l'astreinte déjà courue.

Le recours contentieux se porte devant le tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve l'immeuble, dans un délai de deux mois à compter de la notification, à condition que celle-ci mentionne bien les voies et délais de recours. Un recours gracieux adressé à l'autorité qui a pris l'arrêté proroge ce délai : il en fait courir un nouveau de deux mois à compter du rejet, explicite ou implicite. C'est une carte utile lorsque le dossier technique n'est pas encore prêt, à condition de ne pas laisser passer l'échéance initiale.

Une précision compte plus que toutes les autres : un recours au fond ne suspend rien. Les mesures restent exécutoires et l'astreinte continue de courir pendant l'instance, qui se juge en plusieurs mois. Pour obtenir la suspension, il faut demander au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté, ce qui suppose de démontrer une urgence et un doute sérieux sur la légalité de l'acte. En pratique, le doute sérieux se construit avec des pièces techniques, pas avec des arguments : c'est là que la contre-expertise devient décisive, comme elle l'est dans les dossiers de mur de soutènement menaçant ruine, où le débat porte lui aussi sur l'étendue réelle du danger.

PIÈCE 04Contredire le rapport

Une contre-expertise qui porte sur les mêmes ouvrages

Le rapport qui fonde l'arrêté n'a aucune autorité particulière. C'est un document technique, contradictoire par nature, et il se discute avec un autre document technique. Encore faut-il que la contre-expertise réponde exactement aux mêmes points : si le rapport communal vise trois balcons et un mur de refend, un rapport adverse qui traite l'ensemble de la structure sans reprendre ces quatre ouvrages ne contredit rien du tout et sera écarté.

Pose d'un fissuromètre à cheval sur une fissure traversant un mur porteur intérieur
La question qui décide de l'étendue des mesures : la fissure est-elle stabilisée ou active. Un jeu de témoins relevé sur plusieurs semaines répond par une mesure là où le rapport initial ne pose souvent qu'une hypothèse.

Trois objets de contestation donnent des résultats, et ils sont techniques. Le premier est le périmètre : un désordre localisé ne justifie pas des mesures sur l'ensemble d'un bâtiment, et démontrer que les ouvrages voisins sont sains restreint mécaniquement le dispositif. Le deuxième est le caractère évolutif du désordre : une fissure stabilisée, établie par un suivi de témoins, ne relève pas du même traitement qu'une fissure active. Le troisième est la proportionnalité de la mesure : démontrer qu'une reprise structurelle chiffrée met fin au danger prive la démolition de son fondement.

Le calendrier impose une contrainte particulière. Le délai de recours de deux mois ne se prête pas à une instrumentation longue, alors qu'un suivi de fissures demande plusieurs semaines. La séquence qui fonctionne consiste à faire poser les témoins immédiatement, à déposer le recours dans le délai avec les premiers éléments, puis à verser les relevés au dossier au fur et à mesure de l'instruction. Un relevé contradictoire conduit en présence du service instructeur a en outre l'avantage de rendre la discussion possible avant même le contentieux, ce qui débouche parfois sur un arrêté modificatif plutôt que sur un jugement.

Lorsque l'affaire va au contentieux et qu'une mesure d'instruction est ordonnée, l'expert est choisi sur les listes tenues par les cours d'appel, consultables pour le ressort de la cour d'appel de Paris et pour celui de la cour d'appel de Versailles. Le déroulement de cette phase, des dires aux notes aux parties, est décrit dans l'article sur l'expertise judiciaire en bâtiment.

PIÈCE 05Sortir de l'arrêté

La mainlevée ne tombe pas toute seule

C'est l'erreur la plus coûteuse du dossier, et elle se commet après les travaux : le propriétaire exécute les mesures prescrites, considère l'affaire close, et découvre des mois plus tard, au moment de vendre ou de relouer, que l'arrêté figure toujours au fichier immobilier. La mainlevée est une décision qui se demande, se justifie par un constat, et se publie ensuite à la diligence du propriétaire.

Le chemin complet, des travaux à la radiation

01 · Exécuter les mesures prescrites

Faire réaliser exactement ce que l'article 1er énumère, en conservant devis, factures et photos d'exécution. Les travaux supplémentaires ne nuisent pas, mais ils ne remplacent pas une mesure prescrite qui aurait été omise.

02 · Faire établir le constat de réalisation

Un homme de l'art atteste que les mesures ont été réalisées et à quelle date. C'est cette date que l'autorité reprendra, et c'est elle qui arrête le décompte de l'astreinte.

03 · Déposer la demande de mainlevée

La demande s'adresse à l'autorité qui a pris l'arrêté, accompagnée du constat et des pièces d'exécution. Une visite de contrôle est souvent organisée avant décision.

04 · Obtenir l'arrêté de mainlevée

L'autorité constate la réalisation et prend un arrêté de mainlevée qui lève également, le cas échéant, l'interdiction d'habiter ou d'accéder. Il est notifié dans les mêmes formes que l'arrêté initial.

05 · Publier au fichier immobilier

Cette dernière étape incombe au propriétaire et à ses frais. Tant qu'elle n'est pas faite, l'arrêté continue d'apparaître dans les états hypothécaires et bloque les ventes. La règle figure à l'article L511-14.

Ce que coûte le retard

L'astreinte peut atteindre 1 000 € par jour tant que les mesures ne sont pas exécutées.

30 jours30 000 €
90 jours90 000 €
180 jours180 000 €

Plafond légal de 1 000 € par jour de retard fixé par l'article L511-15. Le montant effectif est arrêté par l'autorité selon l'ampleur des mesures et les conséquences de l'inexécution ; les valeurs ci-dessus illustrent le plafond, pas une pratique moyenne.

Deux points méritent une vigilance particulière au moment de la sortie. Le premier concerne la nature des travaux réalisés : une reprise structurelle exécutée pour lever un arrêté touche fréquemment à des ouvrages porteurs, avec les conséquences que cela emporte si elle est mal conduite, sujet traité en détail dans l'article sur les fissures apparues après une intervention sur mur porteur. Le second concerne la trace administrative : une mainlevée obtenue mais non publiée équivaut, du point de vue d'un acquéreur et de son notaire, à une mainlevée qui n'existe pas.

Reste l'arbitrage de fond, celui que la plupart des propriétaires doivent trancher dans les premières semaines. Contester un arrêté dont le fondement est solide fait perdre du temps pendant que l'astreinte court. Exécuter sans discuter des mesures disproportionnées revient à financer une démolition évitable. Le seul moyen de choisir entre les deux est de faire évaluer, avant d'écrire quoi que ce soit, l'écart entre ce que l'arrêté prescrit et ce que l'état réel des ouvrages impose. Cet écart est chiffrable, et il détermine à lui seul la stratégie.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande le plus souvent

Le péril imminent existe-t-il encore depuis la réforme de 2021 ?

L'appellation a disparu. L'ordonnance du 16 septembre 2020, entrée en vigueur le 1er janvier 2021, a fusionné le péril ordinaire, le péril imminent et une dizaine d'autres polices spéciales dans une procédure unique dite de mise en sécurité, codifiée aux articles L511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation. La distinction pratique subsiste néanmoins sous une autre forme : la procédure de droit commun impose une phase contradictoire préalable, tandis que la procédure d'urgence permet à l'autorité d'ordonner immédiatement les mesures indispensables lorsque le danger est imminent et manifeste. Un arrêté qui se réclamerait encore du péril imminent n'est pas nul pour autant, mais son fondement mérite d'être vérifié.

Un arrêté de mise en sécurité peut-il être pris sans que j'aie été entendu ?

Seulement dans le cadre de la procédure d'urgence, et uniquement pour les mesures indispensables à faire cesser un danger imminent et manifeste. Hors de cette hypothèse, l'autorité doit informer le propriétaire des désordres constatés, lui communiquer le rapport sur lequel elle s'appuie et lui laisser un délai d'au moins un mois pour présenter ses observations. Un arrêté ordinaire pris sans cette phase contradictoire, ou après un délai plus court, est entaché d'un vice de procédure directement invocable devant le tribunal administratif. C'est en pratique le premier point à vérifier lorsqu'un arrêté arrive sans avoir été précédé d'aucun courrier.

Puis-je faire réaliser ma propre expertise contre celle de la commune ?

Oui, et c'est le seul moyen sérieux de discuter le contenu technique de l'arrêté. Le rapport communal ou préfectoral n'a pas de valeur supérieure à celle d'un autre rapport technique : il peut être contredit par un relevé contradictoire établi par un expert en bâtiment, à condition que celui-ci porte sur les mêmes ouvrages et documente les mêmes points. La contre-expertise est particulièrement utile lorsque l'arrêté prescrit une démolition alors qu'une reprise structurelle suffirait, ou lorsqu'il vise l'ensemble d'un immeuble pour un désordre localisé. Le contentieux se gagne rarement sur le principe du danger et très souvent sur l'étendue des mesures prescrites.

L'interdiction d'habiter suspend-elle le paiement des loyers ?

Oui. Dès la notification de l'arrêté portant interdiction d'habiter, les loyers ou redevances cessent d'être dus à compter du premier jour du mois qui suit l'envoi de la notification ou l'affichage, et jusqu'au premier jour du mois qui suit la notification de la mainlevée. Le propriétaire reste par ailleurs tenu d'assurer l'hébergement ou le relogement des occupants, à ses frais, sous peine de le voir organisé d'office et facturé. C'est une raison financière très concrète de traiter la mainlevée comme une urgence : chaque mois d'interdiction cumule une perte de loyer et un coût d'hébergement.

Comment obtenir la mainlevée une fois les travaux terminés ?

Elle n'est jamais automatique : il faut la demander et l'établir. Le propriétaire adresse à l'autorité qui a pris l'arrêté une demande accompagnée d'un constat de réalisation des mesures prescrites, établi par un homme de l'art, avec les pièces d'exécution correspondantes. L'autorité constate la réalisation et la date d'achèvement des travaux, puis prend un arrêté de mainlevée qui lève également, le cas échéant, l'interdiction d'habiter. Cet arrêté est notifié, et c'est ensuite au propriétaire qu'il revient de le faire publier au fichier immobilier, à ses frais : tant que cette publication n'est pas faite, l'arrêté initial continue d'apparaître lors d'une vente.

Interventions

Faire expertiser un immeuble sous arrêté

Relevé contradictoire des ouvrages visés, suivi instrumenté des désordres évolutifs, chiffrage des reprises et rapport opposable au service instructeur comme au tribunal administratif.