Assurance qui refuse d'indemniser : les chiffres 2024 du médiateur

Chaque année, des dizaines de milliers d'assurés saisissent le médiateur de l'assurance après un refus d'indemnisation — et plus d'un sur deux se voit répondre que son dossier n'est même pas recevable, avant tout examen sur le fond. Ce n'est pas un problème de bonne foi : c'est, la plupart du temps, un problème de méthode et de timing. Voici ce que montrent, chiffres à l'appui, les données 2024 du médiateur, et comment ne pas se retrouver dans la mauvaise statistique.

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En bref

Avant de saisir le médiateur, sécurisez la recevabilité

Sur 36 537 saisines reçues par la Médiation de l'Assurance en 2024, 55% ont été jugées irrecevables — le plus souvent parce que la réclamation préalable auprès de l'assureur n'avait pas été correctement épuisée. Cet article ne remplace pas notre guide sur comment saisir le médiateur des assurances, qui détaille la procédure étape par étape : il l'complète, en amont, avec les données qui expliquent pourquoi tant de dossiers échouent avant même d'être examinés sur le fond — et comment une contre-expertise bien menée change la donne.

Le constat

Le chiffre qui doit alerter avant de saisir le médiateur

La Médiation de l'Assurance a reçu 36 537 saisines en 2024, un record historique en hausse de 19% par rapport aux 30 620 de 2023. Ce sont autant d'assurés qui, face à un refus ou une contestation de leur assureur, ont cherché une voie de recours gratuite avant d'engager une procédure judiciaire. Mais le taux de recevabilité raconte une autre histoire : 55% de ces saisines ont été déclarées irrecevables — en amélioration par rapport aux 59% de 2023, mais toujours plus d'un dossier sur deux.

Un dossier irrecevable n'est pas un dossier perdu sur le fond : c'est un dossier qui n'a même pas été examiné, généralement parce qu'une étape de la procédure n'a pas été respectée avant la saisine. C'est une distinction essentielle, et le point de départ de cet article.

Médiation de l'Assurance — rapport annuel 2024

La hausse des saisines s'accompagne d'une baisse du taux d'irrecevabilité — signe que les assurés, globalement, affinent leur méthode.

30 620
36 537
Saisines reçues +19%
59%
55%
Taux d'irrecevabilité −4 pts
4 541
6 493
Propositions de solution +43%
2023 2024

Source : rapport annuel 2024 de la Médiation de l'Assurance, données relayées par La finance pour tous.

La cause

D'où viennent les litiges : le refus d'indemnisation en tête

Le rapport 2024 détaille aussi la nature des désaccords à l'origine des saisines. Le refus d'indemnisation pur et simple par l'assureur représente 54% des dossiers — de loin le premier motif — contre 11% liés à une gestion du sinistre jugée insatisfaisante par l'assuré (délais, communication, suivi du dossier). C'est cette proportion écrasante qui justifie de s'y préparer méthodiquement plutôt que de saisir dans l'urgence après un premier refus.

Dans les dossiers de sinistres liés à la construction ou à l'habitation, le refus s'appuie le plus souvent sur l'une de ces trois lignes de défense : une exclusion de garantie contractuelle invoquée par l'assureur, un défaut ou un retard dans la déclaration de sinistre, ou une contestation de l'origine même du désordre — ce dernier point étant justement celui qu'une contre-expertise indépendante permet de rouvrir.

Le piège

Pourquoi tant de dossiers sont jugés irrecevables

Deux causes concentrent l'essentiel des irrecevabilités. La première, la plus fréquente, est la saisine prématurée : contacter directement le médiateur sans avoir d'abord adressé une réclamation écrite au service client de l'assureur, puis, en l'absence de réponse ou de réponse satisfaisante sous deux mois, au service réclamations dédié. Cette étape préalable n'est pas une formalité optionnelle — c'est une condition de recevabilité de la saisine elle-même.

La seconde est la saisine hors du champ de compétence du médiateur : un litige déjà porté devant un tribunal, une question purement contractuelle ne relevant pas de l'assurance, ou un désaccord sur un point déjà tranché par une expertise judiciaire en cours. Dans les deux cas, le fond du dossier — même solide — n'est jamais examiné : la porte se ferme avant.

La méthode

La checklist de recevabilité, avant de saisir

4 étapes à valider avant toute saisine
  1. Réclamation écrite adressée au service client de l'assureur, par courrier ou via l'espace en ligne dédié, exposant précisément le motif du désaccord et la demande formulée.
  2. Délai de deux mois écoulé sans réponse, ou réponse jugée insatisfaisante reçue du service client — condition strictement vérifiée par le médiateur avant tout examen du dossier.
  3. Escalade au service réclamations de l'assureur si le contrat ou les conditions générales l'exigent en amont de la médiation — une étape parfois oubliée qui suffit à elle seule à rendre la saisine irrecevable.
  4. Dossier documenté : copie de la réclamation, accusé de réception, contrat, et, en cas de désaccord technique sur l'origine ou l'étendue du sinistre, un rapport de contre-expertise indépendant plutôt qu'une contestation verbale.
Le résultat

Quand la médiation aboutit vraiment : la répartition des 6 493 propositions

Une fois un dossier jugé recevable et examiné sur le fond, les chances qu'il aboutisse favorablement sont loin d'être négligeables. Sur les 6 493 propositions de solution rendues en 2024, un peu moins d'un quart ont été totalement favorables à l'assuré, et une part significative s'est réglée à l'amiable en cours d'instruction — l'assureur révisant sa position avant même l'avis final. Au global, 55% des litiges examinés se sont soldés, en tout ou partie, en faveur de l'assuré.

Médiation de l'Assurance — rapport annuel 2024

Répartition des 6 493 propositions de solution rendues en 2024.

6 493propositions rendues
  • 4 580 — 70,5%Position de l'assureur confirmée par le médiateur
  • 1 539 — 23,7%Décision favorable à l'assuré
  • 374 — 5,8%Solution rendue « en équité »

Les assureurs suivent les avis qui leur sont défavorables dans la quasi-totalité des cas. Source : rapport annuel 2024, Médiation de l'Assurance.

Ce presque-quart de décisions favorables n'est pas un tirage au sort : les dossiers les mieux préparés, avec une chronologie claire et des pièces techniques solides, sont statistiquement mieux placés que ceux qui se limitent à contester verbalement le refus de l'assureur.

La préparation

Documenter avant de saisir, pas après

Quand le refus repose sur une contestation technique — origine du sinistre, étendue réelle des dommages, responsabilité d'un tiers — la pièce qui pèse le plus lourd dans un dossier de médiation ou, plus tard, devant le tribunal, est un rapport de contre-expertise indépendante. Il objective ce qu'une simple lettre de contestation ne peut qu'affirmer, et permet souvent de faire réviser une position avant même que le médiateur ne soit saisi.

Point de vigilance Pile de documents et de dossiers de sinistre sur un bureau avec un tampon encreur circulaire flouté posé dessus, lumière froide naturelle
Conservez chaque échange écrit. Date de la déclaration de sinistre, courrier de refus, accusés de réception : c'est cette chronologie précise, plus que le récit oral du désaccord, qui permet de vérifier la recevabilité d'une saisine avant de la déposer.

Pour les sinistres relevant de la garantie dommages-ouvrage, le raisonnement est similaire mais suit un calendrier légal distinct, détaillé dans notre article sur le fonctionnement et la contestation de l'assurance dommage-ouvrage. Une fois le dossier consolidé, la procédure de saisine elle-même — formulaire, pièces à joindre, interlocuteurs — est détaillée pas à pas dans notre guide pour saisir le médiateur des assurances.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande le plus souvent

Pourquoi le médiateur de l'assurance déclare-t-il autant de dossiers irrecevables ?

En 2024, 55% des saisines ont été jugées irrecevables selon le rapport annuel de la Médiation de l'Assurance. Les deux causes les plus fréquentes sont la saisine prématurée — contacter directement le médiateur sans avoir d'abord épuisé la réclamation écrite auprès du service client puis, en l'absence de réponse sous deux mois, du service réclamations de l'assureur — et la saisine hors du champ de compétence du médiateur, par exemple un désaccord purement technique sur un chiffrage déjà couvert par une expertise contradictoire en cours.

Quel est le principal motif de désaccord avec son assureur en construction ?

D'après le rapport 2024 de la Médiation de l'Assurance, 54% des dossiers portent sur un refus d'indemnisation pur et simple de la part de l'assureur, contre 11% liés à la gestion du sinistre jugée insatisfaisante par l'assuré. Le refus d'indemnisation reste donc, de loin, le premier motif de litige, qu'il soit fondé sur une exclusion de garantie, un défaut de déclaration dans les délais ou une contestation de l'origine du sinistre.

Faut-il saisir le médiateur ou faire une contre-expertise en premier ?

Les deux démarches ne sont pas concurrentes mais complémentaires, et l'ordre compte. Une contre-expertise permet de documenter techniquement pourquoi le refus ou le chiffrage de l'assureur est contestable, avant même de saisir le médiateur : un dossier appuyé sur un rapport d'expert indépendant a statistiquement plus de poids qu'une contestation non documentée, notamment lorsque le désaccord porte sur l'origine du sinistre ou l'étendue des dommages.

Combien de temps prend une saisine du médiateur de l'assurance ?

Le délai moyen de traitement était de sept mois en 2024 selon le rapport annuel de la Médiation de l'Assurance, avec 39% des dossiers résolus en moins de trois mois. Ce délai s'ajoute à celui de la réclamation préalable auprès de l'assureur, obligatoire avant toute saisine recevable, qui peut elle-même prendre plusieurs semaines à deux mois.

L'avis du médiateur de l'assurance est-il obligatoire pour l'assureur ?

Non, l'avis du médiateur est une recommandation, pas une décision de justice, et l'assuré comme l'assureur restent libres de le refuser et de saisir le tribunal judiciaire. Dans les faits, cependant, les assureurs suivent les avis qui leur sont défavorables dans la quasi-totalité des cas, ce qui en fait une voie de résolution rapide et gratuite avant d'engager une procédure contentieuse plus longue.

Interventions

Contre-expertise et litiges assurance en Île-de-France

Contre-expertise indépendante, préparation de dossier de médiation et assistance à expertise judiciaire face à un refus d'indemnisation : intervention sur l'ensemble de la région.