Le rôle de l'expert d'assuré face à l'expert de la compagnie
Lorsqu'un sinistre est déclaré, la compagnie d'assurance mandate un expert - parfois appelé expert d'assurance ou expert dommages - chargé d'évaluer l'origine et le montant du dommage pour le compte de l'assureur qui le rémunère. Son rapport sert de base à l'offre d'indemnisation transmise à l'assuré.
L'expert d'assuré intervient à l'inverse à la demande et aux frais de l'assuré, dans le cadre d'une expertise amiable contradictoire. Il examine le même désordre, mais uniquement du point de vue de l'intérêt de l'assuré, sans lien contractuel avec la compagnie. Les deux experts confrontent ensuite leurs conclusions - c'est cette confrontation qui donne tout son sens au terme « contradictoire ».
Vous contestez le rapport de l'expert de votre assurance ?
Trois profils d'expert, trois niveaux d'indépendance
Sur un même dossier de sinistre, trois profils d'expert peuvent intervenir - et confondre leur rôle est l'une des causes les plus fréquentes d'incompréhension chez les assurés :
Qui mandate, qui rémunère : trois profils qui peuvent intervenir sur un même dossier de sinistre
Expert de la compagnie d'assurance
Mandaté et rémunéré par l'assureur
Évalue le sinistre pour le compte de la compagnie ; sa conclusion sert de base à l'offre d'indemnisation initiale.
Expert d'assuré indépendant
Mandaté et rémunéré par l'assuré
Défend le seul point de vue de l'assuré lors d'une expertise amiable contradictoire, sans lien avec la compagnie.
Expert judiciaire
Désigné par le tribunal, rémunéré via une consignation
N'intervient que si l'amiable échoue, dans le cadre d'une expertise judiciaire ordonnée par un juge.
L'expert d'assuré n'est ni un employé de la compagnie ni un expert judiciaire : sa seule mission est d'objectiver le désordre du point de vue de l'assuré. Pour un comparatif complet incluant le rôle de l'avocat, l'article sur expert d'assuré, expertise judiciaire et avocat détaille quand solliciter chacun de ces trois recours.
Tarif d'un expert d'assuré indépendant : ce qui fait varier le coût
Le tarif d'un expert d'assuré indépendant dépend surtout de la nature et de l'ampleur du sinistre : une expertise dégât des eaux ponctuelle ne demande pas le même temps sur site qu'un désordre structurel touchant plusieurs pièces. La complexité du dossier - nombre de désordres, nécessité de mesures techniques, déplacements - et le fait que la mission se limite à un avis écrit ou inclue un accompagnement jusqu'à la confrontation avec l'expert de l'assureur pèsent également dans le devis.
Avant de signer un mandat, mieux vaut demander un devis détaillé précisant ce qui est réellement inclus - visite sur site, rapport écrit, présence lors du rendez-vous contradictoire - plutôt qu'un forfait vague. Notre grille de tarifs d'expertise en litige de construction détaille les fourchettes observées selon le type de mission.
À vérifier avant de signer un mandat
- Le devis précise-t-il si la présence de l'expert au rendez-vous contradictoire est incluse ou facturée en plus ?
- L'expert a-t-il une expérience concrète sur ce type de désordre (structurel, dégât des eaux, incendie) ?
- Le rapport remis est-il exploitable en cas de recours ultérieur, y compris devant un tribunal ?
Signaux qui doivent alerter
- Un tarif anormalement bas sans détail des prestations réellement couvertes
- Aucune mention de la méthodologie utilisée pour objectiver le désordre
- Un expert qui a également un lien commercial avec l'assureur ou l'artisan mis en cause
Besoin d'un expert indépendant pour votre dossier de sinistre ?
Comment choisir un expert d'assuré indépendant
Les critères de choix d'un expert d'assuré recoupent largement ceux d'un expert du bâtiment en général, détaillés dans notre article sur comment choisir un expert du bâtiment : indépendance vérifiable vis-à-vis de toutes les parties, méthodologie claire, et un rapport suffisamment détaillé pour servir de base à une négociation ou, si nécessaire, à une procédure.
Vérifier qu'il n'a aucun lien commercial ni avec la compagnie d'assurance, ni avec l'artisan ou le constructeur mis en cause dans le sinistre.
Demander des exemples de rapports déjà réalisés sur des sinistres comparables, pour juger du niveau de détail réel.
S'assurer qu'il accepte d'assister à la réunion contradictoire avec l'expert de l'assureur, et pas seulement de rédiger un avis à distance.
Poser la question de la suite : que se passe-t-il si les deux experts ne s'accordent pas sur les conclusions ?
Désaccord entre les deux experts : que se passe-t-il ensuite
Si l'expert d'assuré et l'expert de la compagnie ne parviennent pas à s'accorder à l'issue de la réunion contradictoire, plusieurs voies restent ouvertes avant d'aller au contentieux. La première consiste à solliciter un tiers expert, désigné d'un commun accord ou selon les modalités prévues au contrat, pour trancher entre les deux rapports.
Lorsque cette voie échoue également, l'assuré peut saisir le médiateur de l'assurance, une démarche gratuite et souvent plus rapide qu'une procédure judiciaire. En dernier recours, une expertise judiciaire peut être demandée au juge, qui désigne alors un expert indépendant des deux parties pour trancher le désaccord.
Un rapport d'expert d'assuré n'a de poids que s'il est suffisamment rigoureux pour résister à la confrontation avec l'expert de l'assureur - et, si besoin, devant un juge.





