Panneaux photovoltaïques : litiges, garanties et rôle de l'expert

Poser des panneaux solaires sur son toit est devenu banal — et les litiges qui vont avec aussi. Toiture qui fuit après l'installation, production bien en deçà des promesses commerciales, raccordement recalé, sans parler des dérives du démarchage : ce silo, longtemps marginal, explose à mesure que le parc grossit. Le vrai casse-tête, ensuite, c'est de savoir quelle garantie s'applique — la jurisprudence a nettement bougé ces dernières années. Voici les désordres qui reviennent, les garanties mobilisables selon la pose, et le moment où l'expertise fait basculer le dossier.

Panneaux photovoltaïques posés sur une toiture résidentielle en tuiles, vue rapprochée sur les fixations et le raccord d'étanchéité au faîtage, en lumière naturelle, sans aucune personne
En bref

Le litige photovoltaïque, en une phrase

Les désordres les plus fréquents sont l'infiltration (pose intégrée mal étanchée) et la sous-production par rapport aux promesses. La garantie applicable dépend de la pose : décennale quand les panneaux intégrés assurent le clos et le couvert, biennale pour l'onduleur, avec des exclusions quand la fonction est purement productive. Depuis 2024, la Cour de cassation apprécie la question composant par composant — d'où l'intérêt d'un diagnostic technique avant d'agir. En cas de blocage, l'expert en bâtiment mesure le désordre et fonde le recours.

L'ampleur du phénomène

Un marché qui explose, des litiges qui suivent

La montée des litiges photovoltaïques n'a rien d'un hasard : elle suit, avec un temps de retard, l'envolée des installations. Quand un parc double, le volume de poses défectueuses double mécaniquement — et les instances de médiation le constatent.

×2

Les litiges liés au photovoltaïque ont doublé en un an et atteint un niveau record en 2025.

Médiateur national de l'énergie, 2025

> 1 M

d'installations d'énergies renouvelables raccordées en France, en grande majorité solaires — un parc qui alimente mécaniquement les litiges de pose.

Enedis, 2024

~ 50 %

des établissements contrôlés dans la rénovation énergétique présentaient une anomalie (démarchage, publicité trompeuse…).

DGCCRF, contrôles 2023

Deux dynamiques se superposent. D'un côté, une montée en charge technique : de plus en plus de toitures percées, mal étanchées ou mal câblées. De l'autre, un problème commercial bien identifié par la répression des fraudes — démarchage abusif, promesses d'autofinancement fallacieuses — et par le médiateur, dont l'essentiel des saisines 2025 concerne le rachat et le paiement de la production, en aval de la pose. Deux fronts distincts, mais qui aboutissent au même point : un particulier lésé qui cherche un recours.

Ce que l'on constate sur les toits

Les désordres qui reviennent le plus

Six familles de problèmes concentrent la quasi-totalité des dossiers. Les quatre premières sont techniques ; les deux dernières relèvent du contrat et de la relation commerciale.

Désordre 01

Étanchéité & infiltrations

En pose intégrée, les modules remplacent la couverture et percent le plan d'étanchéité. Un défaut de calepinage, de relevés ou de raccords provoque infiltrations et condensation. C'est le désordre n°1.

Désordre 02

Sous-production

Production réelle très inférieure au productible promis : orientation, ombrage, câblage sous-dimensionné ou onduleur en cause — parfois aggravé par un argumentaire d'« autofinancement » trompeur à la vente.

Désordre 03

Raccordement non conforme

Attestation de conformité Consuel manquante ou refusée, non-conformités relevées par Enedis, protections mal dimensionnées : l'installation ne peut être mise en service dans les règles.

Désordre 04

Risque incendie

Connecteurs à courant continu défectueux, arcs électriques, onduleur défaillant, points chauds. Rares mais lourds : de l'ordre de 6 % des sinistres pour près de 60 % de la charge d'indemnisation (ordre de grandeur assureur).

Désordre 05

Malfaçons de pose

Non-respect des règles de l'art : fixations, DTU de couverture (série DTU 40) et référentiels électriques NF C 15-100 et NF C 15-712-1 pour les installations raccordées au réseau.

Désordre 06

Impayés de rachat de production

Retards et défauts de paiement de l'électricité revendue : c'est en aval, sur le rachat, que se concentre l'essentiel des saisines du médiateur de l'énergie en 2025.

Constat d'expertise sur une toiture photovoltaïque en pose intégrée : solin d'étanchéité soulevé et fissuré en rive de panneaux, joint défaillant et tuile déplacée laissant un passage à l'eau, sans aucune personne
Le désordre n°1. Pose intégrée mal étanchée : solin soulevé et raccord défaillant en rive de modules — la voie d'entrée d'eau la plus fréquente sur une installation photovoltaïque.

Les quatre premiers désordres se soignent comme n'importe quel désordre du bâti : par un diagnostic technique. Une infiltration après pose intégrée relève exactement de la même logique qu'une fuite de toiture ou une malfaçon de toiture après travaux : trouver la cause avant de parler garantie.

Une installation photovoltaïque qui fuit ou sous-produit ?

Le cœur juridique

Quelle garantie s'applique, selon la pose

C'est la question qui décide de tout. Quatre garanties légales peuvent entrer en jeu, chacune avec sa durée et son périmètre. La difficulté, propre au photovoltaïque, est de déterminer si les panneaux constituent un ouvrage ou un simple équipement. Et cela se joue d'abord sur un détail de pose, illustré ci-dessous.

Cas 1

Pose intégrée

Les modules remplacent les tuiles et assurent eux-mêmes le clos et le couvert. L'étanchéité dépend d'eux, et les jonctions avec la couverture sont les points fragiles : c'est le terrain classique de la garantie décennale.

Décennale possible
Cas 2

Pose surimposée

Les panneaux sont fixés sur des rails au-dessus d'une toiture qui reste étanche par elle-même. Les modules deviennent alors un équipement dissociable, plus souvent placé hors décennale.

Biennale / hors décennale
Parfait achèvement 1 an art. 1792-6 C. civ.

Tous les désordres signalés dans l'année suivant la réception, quelle qu'en soit la gravité. L'installateur doit reprendre.

Bon fonctionnement (biennale) 2 ans art. 1792-3 C. civ.

Les éléments d'équipement dissociables — typiquement l'onduleur — pendant deux ans après la réception.

Décennale 10 ans art. 1792 / 1792-2 C. civ.

Les dommages compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination — dont l'étanchéité, lorsque les panneaux intégrés assurent le clos et le couvert. Voir le recours en garantie décennale, étape par étape.

Exclusion possible Hors décennale art. 1792-7 C. civ.

Les équipements dont la fonction est exclusivement de permettre une activité professionnelle (production d'électricité revendue) peuvent échapper à la décennale.

Cette frontière n'est pas figée : la Cour de cassation l'a resserrée arrêt après arrêt, jusqu'à imposer une analyse composant par composant.

Sept. 2022Cass. 3e civ., 21/09/2022, n°21-20.433

Des panneaux intégrés remplaçant la couverture constituent un ouvrage assurant le clos et le couvert : la décennale s'applique, et le risque incendie caractérise l'impropriété à destination.

Juin 2023Cass. 3e civ., 08/06/2023, n°21-25.960

Pour des panneaux intégrés à la toiture, l'exclusion de l'article 1792-7 est écartée : leur fonction n'est pas jugée exclusivement professionnelle.

Mars 2024Cass. 3e civ., 21/03/2024, n°22-18.694

Fin de la théorie du « quasi-ouvrage » : un équipement ajouté ou remplacé sur un existant ne devient pas automatiquement un ouvrage soumis à la décennale.

Sept. 2025Cass. 3e civ., 25/09/2025, n°23-22.955

Approche stricte confirmée : il faut distinguer la fonction constructive (la toiture) de la fonction de production (les modules), et apprécier chaque composant séparément.

À retenir

La qualification n'est jamais automatique. Deux installations voisines peuvent relever de garanties différentes selon qu'elles sont intégrées à la toiture ou simplement surimposées. C'est précisément ce qu'une expertise technique établit — et sans cette qualification, mobiliser la bonne garantie relève du pari. Les articles 1792 et suivants du Code civil en donnent le cadre.

Passer à l'action

Le rôle de l'expert et vos recours

Face à un désordre photovoltaïque, l'expert en bâtiment fait le même travail que sur n'importe quel litige de construction, avec des outils adaptés à l'énergie. Il inspecte l'étanchéité (test à l'eau, thermographie), relève les données de production et les compare au productible théorique, vérifie la conformité aux DTU et aux normes électriques, contrôle la connectique et l'onduleur, puis chiffre le préjudice — reprise de toiture, dépose-repose, manque à gagner de production.

Connecteur à courant continu (type MC4) surchauffé et carbonisé sur le rail de fixation d'une installation photovoltaïque, boîtier plastique fondu et isolant du câble noirci, relevé après incident, sans aucune personne
Rare, mais lourd. Connecteur DC surchauffé et carbonisé relevé après incident : les défauts de connectique concentrent une part faible des sinistres pour une charge d'indemnisation élevée — un point que l'expert vérifie systématiquement.

Ce diagnostic conditionne le recours. Tant que le désordre relève de l'installateur et de son assurance, la voie amiable prime : mise en cause écrite, puis appui de l'expertise pour peser dans la négociation, comme dans tout litige avec un artisan. Si une assurance dommages-ouvrage a été souscrite, elle peut préfinancer les réparations décennales. Et quand l'installateur ou son assureur nie le désordre, l'expertise judiciaire, saisie par référé sur le fondement de l'article 145 du Code de procédure civile, fait constater les faits de façon contradictoire.

Selon la nature du différend, l'interlocuteur diffère : le médiateur national de l'énergie pour un litige de fourniture ou de rachat de production, la DGCCRF pour un démarchage abusif, l'expert en bâtiment pour le désordre technique. La logique de médiation est la même que pour un recours au médiateur de l'assurance : gratuite, préalable utile, mais sans pouvoir de contrainte. Quand l'enjeu est lourd et la partie adverse fermée, c'est l'expertise, amiable puis judiciaire, qui débloque réellement le dossier.

Questions fréquentes

Ce que l'on demande sur les litiges photovoltaïques

La garantie décennale couvre-t-elle les panneaux photovoltaïques ?

Cela dépend de la pose. La Cour de cassation raisonne désormais composant par composant : lorsque les panneaux sont intégrés à la toiture et en assurent le clos et le couvert, ils constituent un ouvrage et relèvent de la garantie décennale (articles 1792 et 1792-2 du Code civil). En simple surimposition, ou pour des modules dont la fonction est exclusivement de produire de l'électricité revendue, la décennale peut être écartée. Un désordre d'étanchéité provoqué par une pose intégrée est en revanche un terrain classique de mise en jeu de la décennale.

Que faire en cas de sous-production ou d'infiltration après la pose ?

Documentez d'abord le désordre : relevés de production comparés au productible promis, photos des infiltrations, factures et devis. Signalez-le par écrit à l'installateur (garantie de parfait achèvement la première année). Si le problème persiste ou est nié, un expert en bâtiment mesure l'ampleur du dommage, en détermine la cause et chiffre les reprises. Son rapport sert de base à une négociation, à une saisine du médiateur ou, en cas de blocage, à une expertise judiciaire.

Vers qui se tourner en cas de litige photovoltaïque ?

Selon la nature du différend : le médiateur national de l'énergie pour un litige de fourniture ou de rachat de production ; la DGCCRF en cas de démarchage abusif ou de pratique commerciale trompeuse ; un expert en bâtiment pour un désordre technique (étanchéité, sous-production, sécurité). Si l'installateur ou son assureur refuse de reconnaître le désordre, l'expertise judiciaire, saisie par référé sur le fondement de l'article 145 du Code de procédure civile, permet de faire constater les faits de façon contradictoire.

Le démarchage pour des panneaux solaires est-il encadré ?

Oui. La DGCCRF surveille étroitement le secteur de la rénovation énergétique, où elle relève un fort taux d'anomalies : pratiques commerciales trompeuses ou agressives, démarchage téléphonique interdit, promesses d'autofinancement fallacieuses, manquements à l'information précontractuelle. En cas de contrat signé à la suite d'un démarchage, vous disposez d'un droit de rétractation et pouvez signaler l'entreprise à la répression des fraudes.

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