Cet article traite des moisissures qui apparaissent dans la pièce après un remplacement de fenêtres. Si la fenêtre elle-même est défectueuse (infiltrations par la menuiserie, buée entre les deux vitres, ouvrant qui ferme mal), l'article sur les malfaçons de fenêtre et les recours contre le menuisier est plus adapté. Dans une maison neuve, voyez celui sur les moisissures en maison neuve, entre isolation et ventilation.
Pourquoi des fenêtres neuves font pousser des moisissures
Un logement produit de la vapeur d'eau en permanence : la respiration des occupants, la cuisine, les douches, le linge qui sèche, les plantes. Cette vapeur doit sortir. Dans un immeuble ancien, elle sortait en partie par les défauts d'étanchéité des vieilles fenêtres en bois, sans que personne l'ait voulu. Le remplacement par des menuiseries étanches supprime ces fuites d'air. Si rien ne les remplace, l'humidité de l'air monte, et la vapeur se condense là où la paroi est la plus froide : les angles, les tableaux de fenêtre, le bas des vitrages, les murs donnant sur l'extérieur.
Les moisissures ne demandent ensuite que quelques semaines d'humidité répétée sur une surface. C'est pourquoi elles apparaissent souvent au premier hiver qui suit les travaux, puis reviennent chaque année au même endroit malgré le nettoyage. Ce n'est pas un problème marginal : l'Anses estime qu'une part importante du parc de logements est concernée.
14 à 20 %
des logements en France présentent des moisissures visibles, selon l'Anses. Les causes citées : défaut de ventilation, d'isolation ou de chauffage, ponts thermiques, et travaux d'efficacité énergétique qui rendent le bâti plus étanche.
- 14 logements sur 100 (estimation basse)
- jusqu'à 6 de plus (estimation haute)
Le dernier facteur cité par l'Anses est précisément celui qui nous intéresse : les travaux qui améliorent l'étanchéité du bâtiment sans traiter son renouvellement d'air. Un changement de fenêtres est l'exemple le plus courant, mais le même mécanisme se retrouve après une isolation par l'extérieur mal conçue ou une rénovation globale dont la performance promise n'est pas atteinte.
Lire l'emplacement des taches avant d'accuser qui que ce soit
Toutes les moisissures autour d'une fenêtre n'ont pas la même cause. Leur emplacement est le premier indice que regarde un expert, avant même de mesurer quoi que ce soit. Sélectionnez une zone sur l'élévation pour voir ce qu'elle indique.
Cinq endroits, cinq diagnostics différents
Élévation d'une fenêtre deux vantaux vue depuis la pièce. Touchez un numéro ou un bouton.
Angle du tableau et sous le linteau
- Ce que ça indique
- Un point froid autour de la nouvelle menuiserie : pont thermique au raccord entre le dormant et la maçonnerie, calfeutrement incomplet, ou tableau laissé sans isolant alors que le mur est isolé par l'intérieur.
- Qui est en cause
- Le plus souvent la pose. Le choix du dormant (rénovation sur l'ancien bâti ou dépose totale) et la reprise des tableaux font partie du travail du menuisier.
- À vérifier
- Le joint périphérique, l'humidité de l'angle au toucher après une nuit froide, et la présence d'un retour d'isolant dans le tableau.
Bas du vitrage, traverse basse et appui
- Ce que ça indique
- Un air intérieur trop chargé en vapeur. Le bas de la vitre est l'endroit le plus froid de la fenêtre : c'est là que la buée se forme en premier et ruisselle vers l'appui.
- Qui est en cause
- Le renouvellement d'air : entrée d'air absente (pose), entrée d'air obturée (occupant) ou extraction qui ne tire plus en cuisine et salle d'eau.
- À vérifier
- La présence d'entrées d'air sur la traverse haute ou le coffre, le module inscrit dessus, et le tirage des bouches d'extraction.
Buée entre les deux vitres
- Ce que ça indique
- Un vitrage isolant dont le joint de scellement a lâché. La lame d'air s'est chargée d'humidité. Cela n'a rien à voir avec la ventilation de la pièce.
- Qui est en cause
- Le produit : fabricant du vitrage, vendeur ou poseur selon le contrat. Ce cas relève des recours pour fenêtre défectueuse.
- À vérifier
- Le marquage du vitrage dans l'intercalaire, la date de pose et la garantie annoncée par le fabricant.
Angles de la pièce, loin de la fenêtre
- Ce que ça indique
- Une humidité généralisée du logement. Les taches au plafond, derrière les meubles ou dans les placards montrent que l'air ne se renouvelle plus nulle part.
- Qui est en cause
- Cela dépend : entrées d'air non posées alors qu'elles étaient requises, grilles hautes bouchées par l'occupant, conduit collectif obstrué relevant de la copropriété.
- À vérifier
- Toutes les grilles et bouches du logement, pas seulement les fenêtres changées, et un relevé d'humidité sur plusieurs jours.
Buée sur la face extérieure, le matin
- Ce que ça indique
- Rien d'anormal. Un vitrage très isolant laisse si peu passer la chaleur que sa face extérieure reste froide et se couvre de rosée par les nuits claires.
- Qui est en cause
- Personne. C'est plutôt la preuve que le vitrage fait son travail.
- À vérifier
- Qu'elle disparaît dans la matinée. Elle ne cause pas de moisissures à l'intérieur.
Ce que le menuisier devait prévoir : les entrées d'air
Depuis le 1er janvier 2018, la réglementation thermique des bâtiments existants traite directement la question. Quand on remplace des fenêtres dans un logement, les nouvelles fenêtres des pièces principales (séjour, chambres) doivent en principe être munies d'entrées d'air.
Arrêté du 3 mai 2007, article 12, II
« les nouvelles fenêtres et portes-fenêtres installées doivent être équipées d'entrée d'air »
« La somme des modules de ces entrées d'air doit au moins être de 45 pour les chambres et 90 pour les séjours. »
Texte en vigueur depuis le 1er janvier 2018 : article 12 de l'arrêté du 3 mai 2007 sur Légifrance. L'obligation ne s'applique pas si la pièce dispose déjà d'entrées d'air ou de bouches d'insufflation, et la valeur peut être réduite lorsqu'une extraction mécanique permet un dimensionnement plus faible.
Le « module » d'une entrée d'air correspond au débit d'air qu'elle laisse passer, en mètres cubes par heure, sous une différence de pression de 20 pascals. Il est en général inscrit sur la grille ou sur le capot (« 22 », « 30 », « 45 »). Une chambre peut donc être équipée d'une seule entrée d'air de module 45, ou de deux entrées d'air plus petites dont la somme atteint 45.
Au-delà du texte, l'entreprise qui remplace des fenêtres a un devoir de conseil : elle doit expliquer à son client que des menuiseries étanches modifient le renouvellement d'air du logement, et l'alerter si la ventilation existante ne suit pas. Un devis sans entrée d'air, sans mention de la question, est un premier élément à verser au dossier.
Vos entrées d'air atteignent-elles le minimum ?
Lisez le chiffre inscrit sur chaque entrée d'air de la pièce et additionnez-les. Cochez « obturée » si elle est bouchée, scotchée ou fermée en permanence.
Ce qui fait basculer la responsabilité vers l'occupant
Une entrée d'air laisse entrer de l'air froid, parfois du bruit. Le réflexe de la boucher est très répandu, et c'est le premier argument qu'opposera le menuisier. La ventilation d'un logement fonctionne comme un circuit : l'air neuf entre par les pièces principales, traverse le logement et ressort par les grilles ou bouches de la cuisine, de la salle de bains et des toilettes. Un seul point bouché suffit à couper le circuit.

AL'entrée d'air scotchée pour arrêter un courant d'air. La pièce n'a plus d'arrivée d'air neuf, l'angle du tableau moisit en premier.

BLa grille haute de la cuisine, repeinte avec le mur jusqu'à boucher les lames. L'air qui entre par les fenêtres n'a plus de sortie.
Ces situations ne retirent pas automatiquement toute responsabilité au poseur. Si l'entrée d'air a été bouchée parce qu'elle sifflait ou laissait passer la pluie, c'est le produit ou sa pose qui est en cause. Si la grille de cuisine était déjà bouchée avant les travaux, l'entreprise qui a rendu le logement étanche devait le signaler. Mais l'expert le relèvera, et il faut pouvoir expliquer chaque obturation.
Les autres situations qui pèsent contre l'occupant : extraction mécanique arrêtée parce qu'elle fait du bruit, chauffage coupé dans les chambres, séchage du linge à l'intérieur sans aération, aquarium ou nombreuses plantes dans une petite pièce. Rien de tout cela n'interdit d'agir, mais un dossier qui les passe sous silence se retourne vite.
Qui doit réparer, selon ce que montre le logement
Le responsable dépend de la cause, pas de la date des travaux
Les cinq configurations rencontrées le plus souvent après un changement de fenêtres.
| Ce que l'on constate | Qui est en cause | Sur quel fondement |
|---|---|---|
| Aucune entrée d'air sur les nouvelles fenêtres des chambres ou du séjour | Le menuisier poseur, et le fabricant s'il a livré des menuiseries non conformes à la commande | Non-respect de la réglementation et manquement au devoir de conseil. Garantie de parfait achèvement dans l'année de la réception, puis responsabilité contractuelle |
| Point froid et moisissures dans l'angle du tableau, entrées d'air présentes | Le menuisier poseur | Défaut d'exécution (calfeutrement, raccord avec l'isolant). Mêmes garanties |
| Entrées d'air scotchées, grilles hautes peintes, VMC arrêtée | L'occupant, sauf s'il les a bouchées à cause d'un défaut du produit | Usage du logement. Le poseur reste tenu s'il n'a pas alerté sur une ventilation déjà inexistante |
| Conduit de ventilation collectif obstrué ou extraction commune en panne | La copropriété | Entretien des parties communes par le syndic |
| Vous êtes locataire et le bailleur a fait changer les fenêtres | Le bailleur, qui se retournera contre son entreprise | Obligation de délivrer un logement décent, avec un renouvellement de l'air adapté. Voir le recours pour obliger le bailleur à faire des travaux |
Les délais : agir dans l'année est le plus simple
Pendant l'année qui suit la réception des travaux, la garantie de parfait achèvement oblige l'entreprise à reprendre tous les désordres signalés, quelle que soit leur gravité. Le signalement doit être écrit, idéalement par lettre recommandée avec photos. Les moisissures apparaissant souvent au premier hiver, beaucoup de dossiers entrent encore dans ce délai.
Au-delà, la question devient technique. La garantie décennale suppose un désordre qui rend le logement impropre à sa destination et des travaux qui constituent un ouvrage. Depuis un revirement de la Cour de cassation en mars 2024, un élément d'équipement installé sur un bâtiment existant ne relève plus de la décennale s'il ne constitue pas lui-même un ouvrage, et le simple remplacement de fenêtres se discute au cas par cas. À défaut, c'est la responsabilité contractuelle de droit commun qui s'applique, avec ses propres délais.
Les démarches, dans l'ordre
- Documenter avant de nettoyer. Photographiez chaque zone avec un repère de taille et la date, notez la pièce et l'orientation. Un petit hygromètre posé plusieurs jours dans la chambre donne une première idée : une humidité relative qui reste durablement au-dessus de 60 à 70 % en hiver signale un air mal renouvelé. Le glossaire de l'humidité dans le logement explique les ordres de grandeur.
- Faire l'inventaire de la ventilation. Entrées d'air sur chaque fenêtre (avec leur module), grilles hautes, bouches d'extraction, état de la VMC. Notez honnêtement ce qui est bouché et depuis quand.
- Relire le devis et la facture. Les entrées d'air y figurent-elles ? Le type de pose (rénovation ou dépose totale) et la reprise des tableaux sont-ils décrits ? Retrouvez la date de réception, qui fait courir les garanties.
- Écrire à l'entreprise. Une lettre recommandée qui décrit les désordres, joint les photos et demande une intervention dans un délai précis. Dans l'année de la réception, visez expressément la garantie de parfait achèvement.
- Faire établir la cause. Si l'entreprise conteste, une expertise amiable contradictoire, à laquelle elle est convoquée, permet de mesurer l'humidité, les débits d'extraction et les points froids, et de dire qui doit quoi. Le rapport sert ensuite à négocier, à saisir l'assureur de l'entreprise ou le juge.
Si les fenêtres ont été changées dans le cadre d'un bouquet de travaux (isolation des murs, des combles, changement de chauffage), la ventilation devait être pensée pour l'ensemble. L'expertise porte alors sur la coordination des lots, pas seulement sur la fenêtre.


