Logement neuf trop chaud l'été : surchauffe, confort d'été RE2020 et recours

Il fait 31 °C dans la chambre à minuit, les fenêtres ouvertes n'y changent rien, et le ventilateur brasse de l'air chaud. Le logement a deux ans, il est « RE2020 », et la notice parlait de confort d'été. Est-ce une fatalité climatique ou un défaut de conception ? Ce que la réglementation garantit vraiment, comment mesurer la surchauffe pour en faire une preuve, et contre qui se retourner.

Séjour d'un appartement neuf en plein été : grande baie vitrée sans volet ni store, soleil bas qui entre jusqu'au fond de la pièce, thermomètre intérieur à 31 degrés et ventilateur sur pied
En bref

La RE2020 encadre une conception, pas une température

Depuis le 1er janvier 2022, les logements neufs doivent limiter par leur conception l'inconfort d'été, mesuré en degrés-heures sur une météo conventionnelle qui inclut une canicule. Ce calcul ne promet aucune température dans votre salon. La surchauffe devient un litige quand le logement livré s'écarte de ce qui était prévu (protections solaires absentes, ouvrants ou ventilation différents des plans, étude thermique non suivie) ou quand la conception est manifestement défaillante. La preuve passe par des relevés de température sérieux, puis par un constat contradictoire, et le recours dépend de votre contrat : vente en l'état futur d'achèvement, contrat de construction de maison individuelle ou marché avec un architecte.

Cet article traite de la surchauffe d'un logement neuf ou récent, appartement ou maison. Si la chaleur vient d'une climatisation qui ne refroidit pas, les recours contre l'installateur sont détaillés dans l'article sur la climatisation défaillante ; si elle suit une rénovation thermique, voyez l'article sur la rénovation énergétique qui n'atteint pas la performance promise ; et pour une véranda devenue une serre, celui sur la véranda mal conçue.

1Ce que dit la règle

Degrés-heures : comment la RE2020 compte l'inconfort

La réglementation thermique de 2012 se contentait de comparer une température intérieure conventionnelle à une référence. La RE2020, applicable aux permis de construire de logements déposés depuis le 1er janvier 2022, l'a remplacée par un indicateur plus parlant, les degrés-heures d'inconfort (DH). Le principe : à chaque heure d'occupation, on mesure de combien de degrés la température ressentie dépasse une température de confort, puis on additionne sur tout l'été. Un logement à 29 °C pendant trois heures, au-dessus d'un seuil de 27 °C, accumule 2 × 3, soit 6 degrés-heures.

D'après la fiche réglementaire de l'Agence qualité construction sur le confort d'été, le seuil de confort est fixé à 26 °C la nuit et peut monter jusqu'à 28 °C en journée quand il fait chaud dehors. Le calcul utilise un scénario météo de référence qui comprend un épisode caniculaire. Deux seuils en découlent :

  • sous 350 DH, le confort est jugé assuré ;
  • au-delà de 350 DH, le bâtiment reste autorisé, mais une consommation de climatisation forfaitaire est ajoutée à son bilan énergétique, ce qui pousse le concepteur à corriger ;
  • au-delà d'un seuil haut, de l'ordre de 1 250 DH et modulé selon les projets, le bâtiment n'est pas conforme.

Simulez une journée de canicule chez vous

Indiquez la température la plus haute relevée dans la pièce l'après-midi et la plus basse au petit matin. La courbe reconstitue la journée, la zone colorée montre ce qui dépasse le seuil de confort.

Température dans la pièceSeuil de confort simplifié (26 °C la nuit, 28 °C de 7 h à 22 h)

Cette journée43 DH

350 DH atteints en9 jours

1 250 DH atteints en29 jours

Ordre de grandeur pédagogique : le calcul réglementaire est conventionnel (météo de référence, scénario d'occupation, température ressentie, seuil adaptatif) et se fait à la conception, pas avec vos relevés. Il montre en revanche pourquoi quelques semaines de nuits au-dessus de 26 °C suffisent à dépasser largement ce que la règle tolère.

2Le climat réel

Les étés de Paris ont changé d'échelle

La canicule conventionnelle de la RE2020 n'est pas une fiction : elle devient la norme. Les relevés quotidiens de la station Météo-France de Paris-Montsouris, publiés en données ouvertes, montrent un basculement net depuis les années 1990, et une accélération depuis 2020. Les nuits tropicales, où le thermomètre ne descend pas sous 20 °C, sont celles qui pèsent le plus sur un logement : c'est la fraîcheur de la nuit qui permet de le vider de sa chaleur.

Paris-Montsouris, moyenne annuelle par décennie

  1. 7,11950
  2. 5,01960
  3. 6,11970
  4. 6,81980
  5. 12,91990
  6. 12,32000
  7. 16,02010
  8. 24,12020-26

48jours à 30 °C et plus en 2026, au 10 octobre. Record depuis 1950 : le maximum précédent était de 26 jours, en 2018 et en 2023. L'été 2003 en comptait 23.

Calcul Expert Litige à partir des températures quotidiennes minimales et maximales de la station Paris-Montsouris (75114001), jeu de données Météo-France « Données climatologiques de base quotidiennes » publié sur data.gouv.fr. Décennie 2020 : moyenne des années 2020 à 2026, l'année 2026 étant arrêtée au 10 octobre.

Concrètement, le nombre moyen de jours à 30 °C et plus a été multiplié par plus de trois entre les années 1950 et la période actuelle, et les nuits à 20 °C et plus par sept. Un logement conçu pour « tenir » une canicule par été doit désormais en encaisser plusieurs, parfois d'affilée.

3Le bâtiment

Pourquoi un logement neuf surchauffe

Un logement neuf est très bien isolé et très étanche à l'air : c'est ce qui le rend économe l'hiver. L'été, cette qualité se retourne contre lui si la chaleur entre et ne peut plus ressortir. Presque tous les cas de surchauffe tiennent à une combinaison de ces causes :

  • Des vitrages exposés sans protection extérieure : une baie au sud ou à l'ouest sans volet, store, brise-soleil ni débord laisse entrer le rayonnement, et un rideau intérieur n'arrête la chaleur qu'une fois qu'elle est déjà dedans.
  • Un logement mono-orienté, ouvert d'un seul côté, qui ne peut pas créer de courant d'air la nuit.
  • Des ouvrants qu'on ne peut pas laisser ouverts la nuit, faute de volets ajourés, d'entrebâilleurs ou de sécurité au rez-de-chaussée.
  • Une construction légère, à faible inertie, qui chauffe vite et sans déphasage : ossature bois sans masse, cloisons et plafonds en plaques, combles aménagés sous une toiture mince.
  • Des équipements qui chauffent : ventilation double flux sans dérivation estivale, qui réchauffe l'air entrant, ballon d'eau chaude ou pompe à chaleur installés dans le volume habitable.

Même fenêtre, même débord, deux heures de la journée

64,6° sol éclairé : quelques cm
Façade sud, midi solaire, 21 juin. Le soleil est à 64,6° au-dessus de l'horizon à Paris : un simple débord de toiture ou un balcon ombre l'essentiel du vitrage.
26° sol éclairé jusqu'au fond
Façade ouest, vers 19 h à l'heure d'été. Le soleil n'est plus qu'à 26° environ, presque plein ouest : il passe sous le débord et chauffe la pièce jusqu'au mur du fond, au pire moment de la journée.
air chaud Mono-orienté air frais de la nuit Traversant
Vue en plan. Ouvert d'un seul côté, le logement mono-orienté ne crée pas de courant d'air : l'air frais entre à peine et la chaleur stagne. Traversant, il se vide de sa chaleur en une nuit fraîche.

C'est pourquoi l'orientation et les protections solaires sont la première chose à vérifier dans les plans et la notice descriptive. Une façade ouest vitrée sans protection extérieure mobile est le scénario le plus défavorable, et c'est aussi celui que l'on rencontre le plus souvent dans les litiges.

Façade d'une résidence neuve exposée au soleil d'après-midi : grandes baies sans volets ni stores extérieurs, draps et films réfléchissants posés par les habitants derrière les vitres, une gaine de climatiseur mobile sortant d'une fenêtre entrouverte
IndiceDraps tendus derrière les vitres, films réfléchissants, climatiseur mobile : quand les habitants bricolent tous la même parade, c'est souvent la façade qui est en cause, pas leur usage du logement.

4La preuve

Mesurer la surchauffe pour en faire une preuve

Une impression de chaleur ne se plaide pas. Ce qui convainc un promoteur, un constructeur ou un expert judiciaire, ce sont des séries de mesures continues, comparées à la température extérieure et accompagnées d'un journal de l'usage du logement. Un enregistreur de température vendu quelques dizaines d'euros suffit, s'il est bien placé. Cochez les étapes au fur et à mesure :

Protocole de relevés

0 sur 8

Enregistreur de température posé sur une étagère au milieu d'une chambre la nuit, écran allumé affichant une température élevée, fenêtre ouverte sur la nuit en arrière-plan
MesureDe nuit, fenêtre ouverte, l'enregistreur continue d'afficher une température élevée : c'est précisément cette donnée, répétée nuit après nuit, qui distingue un défaut de conception d'un été simplement chaud.

Récupérez aussi l'attestation de prise en compte de la RE2020 établie à l'achèvement et jointe à la déclaration d'achèvement des travaux : elle permet de vérifier que le logement a été calculé avec les protections solaires et les ouvrants que vous constatez, et non avec ceux d'un autre projet. Pour une maison neuve, l'écart entre le plan, la notice et la réalisation est traité dans l'article sur la maison neuve non conforme à la notice descriptive. Une humidité excessive associée à la chaleur doit faire regarder la ventilation, comme l'explique l'article sur les moisissures dans une maison neuve.

5Les recours

Contre qui se retourner, selon votre contrat

Appartement ou maison achetés sur plan
Le vendeur doit livrer ce que décrit la notice. Des volets, stores ou brise-soleil prévus et absents sont un défaut de conformité : s'ils sont visibles, signalez-les à la livraison ou au plus tard dans le mois qui suit la prise de possession (article 1642-1 du Code civil), puis agissez dans l'année (article 1648). Une surchauffe qui ne se révèle qu'au premier été relève de la responsabilité du vendeur et, selon sa gravité, de la garantie décennale. Les démarches propres à la vente sur plan sont détaillées dans l'article sur les litiges avec un promoteur en VEFA.
Maison construite en CCMI ou par des entreprises
Vous êtes le maître de l'ouvrage : ce qui manque à la réception doit figurer en réserve. Pendant un an, la garantie de parfait achèvement oblige l'entreprise à reprendre les désordres signalés (article 1792-6 du Code civil). Des volets roulants motorisés en panne relèvent de la garantie biennale de bon fonctionnement.
Maison conçue par un architecte ou un maître d'œuvre
L'orientation, les surfaces vitrées et les protections solaires sont des choix de conception. S'ils sont à l'origine de la surchauffe, la responsabilité du concepteur peut être engagée, comme l'explique l'article sur la responsabilité de l'architecte et du maître d'œuvre.
La garantie décennale, avec prudence
Elle suppose un dommage qui rend l'ouvrage impropre à sa destination. En matière de performance énergétique, le Code de la construction et de l'habitation exige depuis 2015 une surconsommation conduisant à un coût exorbitant, critère que la Cour de cassation a appliqué strictement (3e chambre civile, 23 octobre 2025, n° 23-18.771). Il n'existe pas de jurisprudence établie sur la surchauffe d'été : un logement dont les chambres sont inhabitables des semaines entières peut fonder la demande, mais il faudra une expertise qui relie la chaleur à un défaut précis.

Dans tous les cas, commencez par une mise en demeure écrite qui joint les relevés et cite la notice, puis provoquez un constat contradictoire : une expertise amiable contradictoire en plein été, alors que la chaleur est mesurable, vaut mieux qu'un débat d'hiver sur des souvenirs. Si vous n'avez pas encore réceptionné, faites-vous accompagner pour vérifier les protections solaires et les ouvrants avant de signer : c'est le rôle de l'assistance à la réception des travaux, et l'article sur les réserves à la réception explique comment les formuler. Le sujet est d'ailleurs en discussion : en juillet 2026, l'administration a ouvert une concertation avec les professionnels sur le volet confort d'été de la RE2020.

Questions fréquentes

Surchauffe d'un logement neuf : vos questions

Un logement neuf trop chaud en été est-il une malfaçon ?

Pas automatiquement. La réglementation environnementale RE2020 impose une conception qui limite l'inconfort d'été, calculée avec une météo conventionnelle comprenant une canicule, mais elle ne garantit pas une température intérieure. La surchauffe devient un litige quand le logement ne respecte pas ce qui était prévu : protections solaires de la notice absentes, étude thermique non suivie, ventilation ou ouvrants différents des plans, ou défaut de conception manifeste.

Qu'est-ce que les degrés-heures d'inconfort de la RE2020 ?

C'est l'indicateur de confort d'été de la RE2020. Il additionne, heure par heure pendant l'occupation, les degrés de dépassement d'une température de confort, fixée à 26 °C la nuit et pouvant monter jusqu'à 28 °C en journée selon la température extérieure. Au-delà de 350 degrés-heures, une consommation de climatisation forfaitaire pénalise le projet ; au-delà d'un seuil haut, de l'ordre de 1 250 degrés-heures et modulé selon les projets, le bâtiment n'est pas conforme.

Comment prouver que mon logement surchauffe ?

Placez un enregistreur de température au centre de la pièce, à l'abri du soleil direct, avec un relevé au moins toutes les heures pendant plusieurs semaines de chaleur, et comparez avec la température extérieure de la station Météo-France la plus proche. Notez l'usage des volets et des fenêtres, photographiez les façades et rassemblez la notice descriptive, les plans et l'attestation RE2020 remise à l'achèvement. Un constat contradictoire par un expert donne ensuite du poids à ces mesures.

Quels recours contre le promoteur pour un appartement neuf trop chaud ?

Si la notice descriptive prévoyait des volets, des brise-soleil, des stores ou une ventilation qui ne sont pas là, c'est un défaut de conformité au contrat. Les défauts apparents doivent être signalés dans le mois qui suit la prise de possession, et l'action engagée dans l'année. Pour un vice qui ne se révèle qu'à l'été, la discussion porte sur la responsabilité contractuelle du vendeur et, dans les cas les plus graves, sur la garantie décennale, dont l'application à l'inconfort d'été reste incertaine.

La garantie décennale couvre-t-elle la surchauffe ?

Il n'existe pas de jurisprudence établie sur la surchauffe estivale. La garantie décennale suppose un dommage qui rend l'ouvrage impropre à sa destination, et en matière de performance énergétique la loi exige une surconsommation conduisant à un coût exorbitant. Un logement dont les chambres deviennent inhabitables plusieurs semaines par an peut fonder une demande, mais le débat sera technique : il faut une expertise qui relie la surchauffe à un défaut de conception ou d'exécution.

Interventions

Faire constater la surchauffe d'un logement neuf

Nous analysons les plans, la notice et l'étude thermique, organisons les relevés et le constat contradictoire en période de chaleur, et identifions le responsable, partout en Île-de-France.