Cet article traite de la surchauffe d'un logement neuf ou récent, appartement ou maison. Si la chaleur vient d'une climatisation qui ne refroidit pas, les recours contre l'installateur sont détaillés dans l'article sur la climatisation défaillante ; si elle suit une rénovation thermique, voyez l'article sur la rénovation énergétique qui n'atteint pas la performance promise ; et pour une véranda devenue une serre, celui sur la véranda mal conçue.
1Ce que dit la règle
Degrés-heures : comment la RE2020 compte l'inconfort
La réglementation thermique de 2012 se contentait de comparer une température intérieure conventionnelle à une référence. La RE2020, applicable aux permis de construire de logements déposés depuis le 1er janvier 2022, l'a remplacée par un indicateur plus parlant, les degrés-heures d'inconfort (DH). Le principe : à chaque heure d'occupation, on mesure de combien de degrés la température ressentie dépasse une température de confort, puis on additionne sur tout l'été. Un logement à 29 °C pendant trois heures, au-dessus d'un seuil de 27 °C, accumule 2 × 3, soit 6 degrés-heures.
D'après la fiche réglementaire de l'Agence qualité construction sur le confort d'été, le seuil de confort est fixé à 26 °C la nuit et peut monter jusqu'à 28 °C en journée quand il fait chaud dehors. Le calcul utilise un scénario météo de référence qui comprend un épisode caniculaire. Deux seuils en découlent :
- sous 350 DH, le confort est jugé assuré ;
- au-delà de 350 DH, le bâtiment reste autorisé, mais une consommation de climatisation forfaitaire est ajoutée à son bilan énergétique, ce qui pousse le concepteur à corriger ;
- au-delà d'un seuil haut, de l'ordre de 1 250 DH et modulé selon les projets, le bâtiment n'est pas conforme.
Simulez une journée de canicule chez vous
Indiquez la température la plus haute relevée dans la pièce l'après-midi et la plus basse au petit matin. La courbe reconstitue la journée, la zone colorée montre ce qui dépasse le seuil de confort.
Température dans la pièceSeuil de confort simplifié (26 °C la nuit, 28 °C de 7 h à 22 h)
Cette journée43 DH
350 DH atteints en9 jours
1 250 DH atteints en29 jours
Ordre de grandeur pédagogique : le calcul réglementaire est conventionnel (météo de référence, scénario d'occupation, température ressentie, seuil adaptatif) et se fait à la conception, pas avec vos relevés. Il montre en revanche pourquoi quelques semaines de nuits au-dessus de 26 °C suffisent à dépasser largement ce que la règle tolère.
2Le climat réel
Les étés de Paris ont changé d'échelle
La canicule conventionnelle de la RE2020 n'est pas une fiction : elle devient la norme. Les relevés quotidiens de la station Météo-France de Paris-Montsouris, publiés en données ouvertes, montrent un basculement net depuis les années 1990, et une accélération depuis 2020. Les nuits tropicales, où le thermomètre ne descend pas sous 20 °C, sont celles qui pèsent le plus sur un logement : c'est la fraîcheur de la nuit qui permet de le vider de sa chaleur.
Paris-Montsouris, moyenne annuelle par décennie
- 7,11950
- 5,01960
- 6,11970
- 6,81980
- 12,91990
- 12,32000
- 16,02010
- 24,12020-26
48jours à 30 °C et plus en 2026, au 10 octobre. Record depuis 1950 : le maximum précédent était de 26 jours, en 2018 et en 2023. L'été 2003 en comptait 23.
- 0,61950
- 0,11960
- 0,31970
- 01980
- 1,11990
- 1,62000
- 2,32010
- 6,02020-26
20jours à 35 °C et plus en 2026, au 10 octobre, deux fois plus que pendant l'été 2003, qui en comptait 10.
- 1,71950
- 1,11960
- 3,61970
- 2,51980
- 5,31990
- 4,62000
- 6,52010
- 12,92020-26
32nuits en 2026, au 10 octobre, où la température minimale est restée à 20 °C ou plus : autant de nuits où ouvrir les fenêtres ne rafraîchit presque rien.
Concrètement, le nombre moyen de jours à 30 °C et plus a été multiplié par plus de trois entre les années 1950 et la période actuelle, et les nuits à 20 °C et plus par sept. Un logement conçu pour « tenir » une canicule par été doit désormais en encaisser plusieurs, parfois d'affilée.
3Le bâtiment
Pourquoi un logement neuf surchauffe
Un logement neuf est très bien isolé et très étanche à l'air : c'est ce qui le rend économe l'hiver. L'été, cette qualité se retourne contre lui si la chaleur entre et ne peut plus ressortir. Presque tous les cas de surchauffe tiennent à une combinaison de ces causes :
- Des vitrages exposés sans protection extérieure : une baie au sud ou à l'ouest sans volet, store, brise-soleil ni débord laisse entrer le rayonnement, et un rideau intérieur n'arrête la chaleur qu'une fois qu'elle est déjà dedans.
- Un logement mono-orienté, ouvert d'un seul côté, qui ne peut pas créer de courant d'air la nuit.
- Des ouvrants qu'on ne peut pas laisser ouverts la nuit, faute de volets ajourés, d'entrebâilleurs ou de sécurité au rez-de-chaussée.
- Une construction légère, à faible inertie, qui chauffe vite et sans déphasage : ossature bois sans masse, cloisons et plafonds en plaques, combles aménagés sous une toiture mince.
- Des équipements qui chauffent : ventilation double flux sans dérivation estivale, qui réchauffe l'air entrant, ballon d'eau chaude ou pompe à chaleur installés dans le volume habitable.
Même fenêtre, même débord, deux heures de la journée
C'est pourquoi l'orientation et les protections solaires sont la première chose à vérifier dans les plans et la notice descriptive. Une façade ouest vitrée sans protection extérieure mobile est le scénario le plus défavorable, et c'est aussi celui que l'on rencontre le plus souvent dans les litiges.
4La preuve
Mesurer la surchauffe pour en faire une preuve
Une impression de chaleur ne se plaide pas. Ce qui convainc un promoteur, un constructeur ou un expert judiciaire, ce sont des séries de mesures continues, comparées à la température extérieure et accompagnées d'un journal de l'usage du logement. Un enregistreur de température vendu quelques dizaines d'euros suffit, s'il est bien placé. Cochez les étapes au fur et à mesure :
Protocole de relevés
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Dossier complet : vous pouvez adresser une mise en demeure chiffrée, relevés à l'appui.
Récupérez aussi l'attestation de prise en compte de la RE2020 établie à l'achèvement et jointe à la déclaration d'achèvement des travaux : elle permet de vérifier que le logement a été calculé avec les protections solaires et les ouvrants que vous constatez, et non avec ceux d'un autre projet. Pour une maison neuve, l'écart entre le plan, la notice et la réalisation est traité dans l'article sur la maison neuve non conforme à la notice descriptive. Une humidité excessive associée à la chaleur doit faire regarder la ventilation, comme l'explique l'article sur les moisissures dans une maison neuve.
5Les recours
Contre qui se retourner, selon votre contrat
- Appartement ou maison achetés sur plan
- Le vendeur doit livrer ce que décrit la notice. Des volets, stores ou brise-soleil prévus et absents sont un défaut de conformité : s'ils sont visibles, signalez-les à la livraison ou au plus tard dans le mois qui suit la prise de possession (article 1642-1 du Code civil), puis agissez dans l'année (article 1648). Une surchauffe qui ne se révèle qu'au premier été relève de la responsabilité du vendeur et, selon sa gravité, de la garantie décennale. Les démarches propres à la vente sur plan sont détaillées dans l'article sur les litiges avec un promoteur en VEFA.
- Maison construite en CCMI ou par des entreprises
- Vous êtes le maître de l'ouvrage : ce qui manque à la réception doit figurer en réserve. Pendant un an, la garantie de parfait achèvement oblige l'entreprise à reprendre les désordres signalés (article 1792-6 du Code civil). Des volets roulants motorisés en panne relèvent de la garantie biennale de bon fonctionnement.
- Maison conçue par un architecte ou un maître d'œuvre
- L'orientation, les surfaces vitrées et les protections solaires sont des choix de conception. S'ils sont à l'origine de la surchauffe, la responsabilité du concepteur peut être engagée, comme l'explique l'article sur la responsabilité de l'architecte et du maître d'œuvre.
- La garantie décennale, avec prudence
- Elle suppose un dommage qui rend l'ouvrage impropre à sa destination. En matière de performance énergétique, le Code de la construction et de l'habitation exige depuis 2015 une surconsommation conduisant à un coût exorbitant, critère que la Cour de cassation a appliqué strictement (3e chambre civile, 23 octobre 2025, n° 23-18.771). Il n'existe pas de jurisprudence établie sur la surchauffe d'été : un logement dont les chambres sont inhabitables des semaines entières peut fonder la demande, mais il faudra une expertise qui relie la chaleur à un défaut précis.
Dans tous les cas, commencez par une mise en demeure écrite qui joint les relevés et cite la notice, puis provoquez un constat contradictoire : une expertise amiable contradictoire en plein été, alors que la chaleur est mesurable, vaut mieux qu'un débat d'hiver sur des souvenirs. Si vous n'avez pas encore réceptionné, faites-vous accompagner pour vérifier les protections solaires et les ouvrants avant de signer : c'est le rôle de l'assistance à la réception des travaux, et l'article sur les réserves à la réception explique comment les formuler. Le sujet est d'ailleurs en discussion : en juillet 2026, l'administration a ouvert une concertation avec les professionnels sur le volet confort d'été de la RE2020.


