Le vendeur : responsable en priorité
Face à un vice caché découvert après la vente, le premier réflexe reste d'agir contre le vendeur sur le fondement de la garantie des articles 1641 et suivants du Code civil : une responsabilité contractuelle qui joue même si le vendeur ignorait le défaut. Les conditions de cette garantie, le délai de 2 ans pour agir à compter de la découverte, et la marche à suivre sont détaillés dans notre guide sur le vice caché à l'achat d'une maison.
Mais dans un nombre significatif de dossiers, l'agent immobilier qui a organisé la visite et négocié la vente avait connaissance du désordre, ou disposait d'éléments suffisants pour le suspecter, sans en informer les acquéreurs. C'est ce second recours, contre l'agence elle-même, que ce guide développe.
Quand la faute de l'agent immobilier bascule
L'agent immobilier n'est pas un professionnel de la construction. La Cour de cassation le rappelle régulièrement : un vice non apparent pour un profane ne devient pas automatiquement apparent pour l'agent du seul fait de sa profession, et il n'est pas tenu de procéder à des investigations techniques sur le bien qu'il commercialise (Cass. 3e civ., 8 avril 2014, n°09-72747).
Sa responsabilité bascule en revanche dans deux situations distinctes. D'abord lorsqu'il avait une connaissance effective du désordre, par exemple un dégât des eaux antérieur mentionné par le vendeur, et ne l'a pas répercutée aux acquéreurs. Ensuite lorsqu'un désordre apparent, visible lors des visites, aurait dû alerter tout professionnel normalement attentif sur un risque sous-jacent : la Cour de cassation a ainsi jugé qu'un agent devait attirer l'attention des acquéreurs sur l'origine très vraisemblable de fissures apparentes et leur gravité potentielle pour la structure de l'immeuble, plutôt que de les minimiser (Cass. 3e civ., 8 avril 2009, n°07-21910 et 07-21953). À l'inverse, un agent qui signale un désordre et recommande l'avis d'un spécialiste avant la vente met généralement sa responsabilité à l'abri.
Vous soupçonnez que l'agence savait et n'a rien dit ?
Un régime juridique et un délai d'action distincts
N'étant pas partie au contrat de vente, l'agent immobilier ne peut pas être poursuivi sur le fondement contractuel de la garantie des vices cachés. Sa responsabilité relève du régime délictuel de l'article 1240 du Code civil, celui de la faute causant un dommage à un tiers, et non du régime spécifique de l'article 1641. Cette différence de nature a une conséquence pratique majeure sur le délai pour agir.
Point de départ commun : la vente
Les deux délais courent à compter de la connaissance du fait générateur (découverte du vice pour le vendeur, connaissance des faits fautifs pour l'agent), et non depuis la vente elle-même. Lorsque l'action contre le vendeur est prescrite, celle contre l'agent peut donc rester ouverte si sa propre faute est encore dans son délai de 5 ans.
Sources : art. 1240 du Code civil, art. 2224 du Code civil, Légifrance.
Les obligations professionnelles de l'agence
L'exercice de l'activité d'agent immobilier est encadré par la loi n°70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, qui impose la détention d'une carte professionnelle délivrée par la CCI, une assurance de responsabilité civile professionnelle obligatoire, et un strict devoir d'information envers les parties à la transaction. Ce cadre professionnel renforce l'exigence de diligence attendue de l'agent lorsqu'un désordre était détectable.
Les contrôles de la DGCCRF montrent que ces obligations restent loin d'être uniformément respectées : sur les professionnels de l'immobilier contrôlés en 2023, 65,1 % présentaient au moins une anomalie, un taux resté stable par rapport à l'année précédente. Ce constat ne porte pas spécifiquement sur la dissimulation de vices cachés, mais il illustre un niveau de rigueur professionnelle hétérogène qui peut nourrir un dossier de mise en cause.
La procédure pour agir contre l'agence
- 1. Réunir les éléments de connaissance préalable
Échanges écrits, annonce, compte-rendu de visite : tout élément suggérant que l'agent savait ou aurait dû suspecter le désordre.
- 2. Faire établir une expertise indépendante
Pour dater l'apparition du désordre et apprécier son caractère décelable au moment des visites.
- 3. Adresser une mise en demeure à l'agence
Visant à la fois l'agent et son assureur de responsabilité civile professionnelle.
- 4. Engager l'action en l'absence d'accord amiable
Une assistance à expertise judiciaire sécurise le dossier si un référé-expertise ou une action au fond devient nécessaire.





