L'artisan a percé de l'amiante pendant les travaux : que faire, et qui paie ?

Le carreleur a arraché les vieilles dalles de la cuisine à la spatule, l'électricien a tronçonné un conduit gris dans le garage, le plaquiste a poncé une vieille colle noire. Quelques jours plus tard, quelqu'un prononce le mot amiante. La poussière est partout, les travaux sont à l'arrêt, et personne ne sait qui aurait dû vérifier. Ce guide suit l'ordre dans lequel les choses se jouent : ce qu'il faut faire tout de suite, ce qu'il faut mesurer, puis qui répond de quoi.

Sol d'une pièce en rénovation : dalles vinyle grises arrachées, colle noire à nu et poussière grise répandue sur le sol autour des débris
En bref

D'abord confiner, ensuite prouver, enfin chercher le responsable

Si un matériau amianté a été cassé, poncé ou percé chez vous, arrêtez le chantier, fermez la pièce et ne balayez ni n'aspirez rien. Faites analyser le matériau par un laboratoire accrédité, puis mesurer l'air si la poussière s'est dispersée. Le code du travail impose de rechercher l'amiante avant des travaux qui risquent d'en libérer, et tout logement dont le permis de construire est antérieur au 1er juillet 1997 est suspect. Quand ce repérage n'a pas été fait, la responsabilité se partage entre celui qui a commandé les travaux et le professionnel qui a attaqué le matériau. Les dommages causés pendant un chantier relèvent de la responsabilité civile de l'artisan, pas de sa décennale.

Les premières heures comptent plus que tout le reste

L'amiante n'est dangereuse que lorsqu'elle libère des fibres. Une dalle de sol intacte, un conduit en fibrociment qui n'a jamais été touché, une vieille colle recouverte par un revêtement ne posent en général pas de problème immédiat. Tout change quand un outil les attaque : la spatule qui arrache, le disque qui coupe, la ponceuse qui fait voler la colle. C'est ce qui se passe dans la plupart des litiges de chantier, parce que les matériaux concernés sont banals et que personne ne les regarde.

Si vous avez un doute, ne cherchez pas d'abord à savoir qui est responsable. Les gestes des premières heures protègent les occupants et conservent la preuve. Les deux vont ensemble : une pièce balayée et aspirée est à la fois plus contaminée et beaucoup plus difficile à faire constater.

Les 48 premières heures, dans l'ordre

48 h sans rien nettoyer H0 H+24
  1. H0

    Arrêter et fermer. Le chantier s'arrête, les occupants et les animaux sortent de la pièce, les portes sont fermées. Si une ventilation mécanique aspire dans cette pièce, coupez-la.Ne pas balayer, ne pas passer l'aspirateur ménager, ne pas jeter les débris.

  2. H+1

    Photographier et écrire. Photos larges puis rapprochées du matériau attaqué, de l'outil utilisé, de la poussière au sol et sur les meubles. Un message écrit à l'artisan qui décrit ce qui s'est passé et lui demande de ne pas revenir sans accord.Conserver le devis, qui dit s'il prévoyait une dépose ou une découpe.

  3. H+24

    Faire analyser le matériau. Un prélèvement par un opérateur qualifié, analysé par un laboratoire accrédité, dit si le matériau contient de l'amiante. Sans ce résultat, tout le reste est une hypothèse.

  4. H+48

    Commander la mesure de l'air si la poussière s'est dispersée au-delà de la zone, et déclarer le sinistre à votre assureur habitation comme à celui de l'artisan.Le nettoyage viendra après, par une entreprise certifiée.

Côté santé, la question d'une exposition ponctuelle se pose à un médecin, qui pourra vous dire s'il y a lieu d'en garder la trace dans votre dossier. Ce guide traite du reste : prouver, faire réparer, faire payer.

Deux analyses différentes, deux questions différentes

On confond souvent les deux, et c'est une source de malentendus avec les assureurs. L'analyse du matériau répond à la question : ce que l'artisan a cassé contient-il de l'amiante ? La mesure d'empoussièrement répond à une autre : y a-t-il des fibres dans l'air que vous respirez, et combien ? Un matériau amianté peut avoir été touché sans que l'air soit durablement pollué, et l'inverse ne se prouve qu'avec une mesure.

Les résultats de l'air s'expriment en fibres par litre. Les chiffres qui circulent n'appartiennent pas tous au même cadre : certains protègent les travailleurs pendant le chantier, un autre protège les occupants d'un logement une fois les travaux terminés.

Les seuils réglementaires, sur une seule échelle

Chaque graduation multiplie la concentration par dix. Le seuil qui concerne votre logement est tout à gauche.

Pendant un chantier : niveaux d'empoussièrement du processus de travail Travailleurs : valeur limite d'exposition sur 8 heures Logement : niveau à respecter après retrait ou confinement niveau 1 : moins de 100 niveau 2 : 100 à 6 000 niveau 3 au-delà 10 f/L 5 f/L 1101001 00010 000100 000 fibres par litre d'air, échelle logarithmique

Sources : code du travail, articles R4412-97 à R4412-124 (niveaux d'empoussièrement et valeur limite) ; code de la santé publique, article R1334-29-3 (5 fibres par litre après travaux).

Le chiffre qui vous concerne est donc 5 fibres par litre : c'est le niveau que la réglementation retient pour rendre des locaux à leurs occupants après des travaux de retrait ou de confinement. Une mesure au-dessus, après l'incident, est une preuve forte que le chantier a pollué votre logement ; une mesure en dessous ne signifie pas qu'il ne s'est rien passé au moment de la découpe, mais elle change l'ampleur de la dépollution à prévoir.

Pièce entièrement tapissée de film polyane transparent, avec un sas d'entrée à rideaux et un extracteur d'air gris relié par une gaine à la fenêtre
Une zone confinée pour un retrait d'amiante : film polyane sur les parois, sas d'entrée et extracteur qui maintient la pièce en dépression. C'est ce que coûte, en pratique, une découpe faite sans précaution.

Qui aurait dû savoir que c'était de l'amiante ?

Le code du travail impose une recherche d'amiante avant toute opération qui risque d'exposer des travailleurs. Cette recherche est à la charge de celui qui décide des travaux : donneur d'ordre, maître d'ouvrage ou propriétaire. Ses modalités sont précisées par l'arrêté du 16 juillet 2019 pour les immeubles bâtis. Le rapport doit être remis à ceux qui réalisent les travaux.

Pour un particulier qui fait rénover sa propre maison, la portée de cette obligation reste discutée, et c'est souvent le premier argument que l'artisan ou son assureur vous opposeront. Mais elle ne vide pas la question. Le professionnel a ses propres obligations envers ses salariés, qui supposent d'évaluer le risque avant d'attaquer un matériau, et un devoir de conseil envers vous. Dans un logement dont le permis de construire est antérieur au 1er juillet 1997, des dalles vinyle collées, une colle noire ou un conduit gris en fibrociment sont des suspects connus de tous les gens du métier.

Conduit gris en fibrociment tronçonné au disque le long d'un mur, les deux extrémités décalées, avec de la poussière grise déposée sur le rebord en dessous
Un conduit en fibrociment coupé à la disqueuse : la découpe à sec est précisément le geste qui libère le plus de fibres, et la poussière déposée en dessous est la première chose à faire constater.

Quatre maillons, et celui qui a lâché

Qui intervient avant et pendant les travaux, et ce que chacun devait faire. Le maillon en pointillé est celui qui manque le plus souvent.

Si le matériau percé figurait dans le diagnostic de la vente comme exempt d'amiante, ou n'y figurait pas alors qu'il était visible, le litige se double d'un recours contre le diagnostiqueur, traité dans le guide sur le diagnostic amiante erroné. En copropriété, demandez aussi au syndic le dossier technique amiante des parties communes : il indique parfois ce que contenaient les gaines ou les conduits communs traversant votre logement. Le ministère de la Transition écologique récapitule les obligations des propriétaires d'immeubles.

Qui paie la dépollution et le reste

Un matériau amianté percé pendant un chantier n'est pas une malfaçon de l'ouvrage : c'est un dommage causé en cours de travaux. Il ne relève donc pas de la garantie décennale, qui ne couvre l'ouvrage qu'après sa réception, mais de la responsabilité civile de l'artisan et de son assurance de responsabilité civile professionnelle. Le guide sur les dégâts causés par l'artisan pendant le chantier détaille ce mécanisme et les pièges du courrier de réclamation.

Le préjudice à chiffrer dépasse souvent le seul nettoyage :

  • les analyses de matériaux et les mesures d'air, avant et après dépollution ;
  • le nettoyage ou le retrait par une entreprise certifiée, avec confinement de la zone ;
  • les biens contaminés qui ne peuvent pas être décontaminés, textiles et mobilier poreux notamment ;
  • le relogement pendant la durée de la dépollution, et le retard pris par le reste du chantier ;
  • la reprise des travaux interrompus, souvent par une autre entreprise.

Votre assurance multirisque habitation peut parfois avancer une partie de ces frais selon votre contrat, puis se retourner contre l'artisan. Relisez les exclusions du contrat avant de déclarer, et déclarez quand même : c'est l'assureur qui doit justifier un refus. Sur un autre terrain, le code du travail prévoit une amende administrative contre le donneur d'ordre qui n'a pas fait réaliser le repérage ; une plainte contre l'artisan se discute surtout lorsqu'un salarié ou des occupants ont été exposés en connaissance de cause.

Constituer le dossier avant le nettoyage

Le paradoxe de ces litiges tient en une phrase : il faut dépolluer vite, et la dépollution efface la preuve. D'où l'ordre à suivre.

  1. Faire constater l'état des lieux avant tout nettoyage, contradictoirement si possible : l'artisan et son assureur sont convoqués et voient la poussière, les débris, l'outil.
  2. Réunir les résultats d'analyse du matériau et, le cas échéant, de l'air.
  3. Envoyer une mise en demeure à l'artisan, avec les résultats, en lui demandant les coordonnées de son assureur de responsabilité civile.
  4. Faire chiffrer la dépollution par une entreprise certifiée, et conserver tous les justificatifs de frais.
  5. En cas de refus, demander au juge une expertise en référé, avant que la pièce soit rendue.

Une expertise amiable contradictoire permet de faire les constats en présence de l'artisan et de son assureur, avant que l'entreprise de dépollution intervienne, et de chiffrer l'ensemble du préjudice poste par poste plutôt que le seul nettoyage.

Questions fréquentes

Amiante touchée pendant des travaux : vos questions

L'artisan a cassé des dalles qui contiennent peut-être de l'amiante : que faire tout de suite ?

Faites arrêter le chantier, sortez les occupants et les animaux de la pièce, fermez les portes et coupez la ventilation mécanique si elle aspire depuis cette pièce. Ne balayez pas, n'aspirez pas avec un aspirateur ménager et ne jetez rien. Photographiez les lieux, puis faites prélever le matériau par un opérateur qualifié pour analyse en laboratoire accrédité.

Comment savoir si l'amiante s'est répandue dans le logement ?

L'analyse du matériau dit seulement s'il contient de l'amiante. Pour savoir si des fibres sont en suspension dans l'air, il faut une mesure d'empoussièrement réalisée par un organisme accrédité. Le code de la santé publique retient, après des travaux de retrait ou de confinement, un niveau de 5 fibres par litre d'air à ne pas dépasser.

Qui devait faire le repérage amiante avant mes travaux ?

Le code du travail met cette recherche à la charge de celui qui décide de l'opération : donneur d'ordre, maître d'ouvrage ou propriétaire, dès lors que l'opération risque d'exposer des travailleurs à l'amiante, ce qui concerne en pratique les bâtiments dont le permis de construire est antérieur au 1er juillet 1997. Sa portée exacte pour un particulier qui fait travailler chez lui reste discutée. L'artisan, de son côté, doit évaluer les risques pour ses salariés et vous conseiller : il ne peut pas attaquer un matériau suspect sans poser la question.

Le diagnostic amiante de la vente ne suffisait-il pas ?

Non. Le repérage fait pour la vente porte sur des matériaux accessibles sans travaux destructifs. Le repérage avant travaux est plus poussé et ciblé sur la zone des travaux. Si le diagnostic de vente avait omis un matériau visible et accessible, le diagnostiqueur peut en revanche voir sa responsabilité engagée.

Quelle assurance paie la dépollution ?

Les dommages causés pendant un chantier relèvent de la responsabilité civile professionnelle de l'artisan, et non de sa garantie décennale, qui ne concerne que l'ouvrage après réception. Votre assurance habitation peut parfois intervenir selon votre contrat. Les frais d'analyse, de mesure, de nettoyage par une entreprise certifiée et de relogement éventuel se chiffrent et se réclament.

Puis-je nettoyer moi-même la poussière ?

C'est déconseillé. Le nettoyage d'une pollution à l'amiante relève d'entreprises certifiées, et un nettoyage improvisé peut remettre les fibres en suspension et effacer la preuve de la contamination. Attendez les analyses et un constat avant toute intervention.

Interventions

Faire constater une contamination avant que tout soit nettoyé

Constat des lieux et des matériaux touchés, coordination des analyses avec des laboratoires accrédités, lecture du devis et des échanges avec l'artisan, chiffrage du préjudice et expertise amiable contradictoire avec son assureur, partout en Île-de-France.