Dégât des eaux causé par un voisin : qui paie, et comment le savoir vite

Une auréole apparaît au plafond, l'appartement du dessus a fui. Le premier réflexe est de chercher le fautif. En copropriété, ce n'est pourtant pas la faute qui décide en premier lieu de l'assureur qui indemnise, mais un montant : celui de la convention IRSI, qui répartit les dossiers entre assureurs selon des seuils précis.

Tache d'humidité et auréole brune sur un plafond d'appartement parisien suite à un dégât des eaux
En bref

Un seuil en euros décide de l'assureur gestionnaire

La convention IRSI répartit les sinistres dégât des eaux en copropriété selon leur montant estimé. En dessous de 1 600 € HT, chaque assureur indemnise directement son propre assuré, sans recherche de responsabilité. Entre 1 600 et 5 000 € HT, l'assureur du logement ou du bâtiment à l'origine du sinistre devient gestionnaire, avec expertise et recours possible. Au-delà de 5 000 € HT, la convention ne s'applique plus et le litige repasse au droit commun de la responsabilité civile.

Repère

Pourquoi une convention entre assureurs change tout

Avant 2018, un dégât des eaux en copropriété pouvait déclencher une véritable course d'experts : celui du locataire sinistré, celui du voisin suspecté, celui du syndic pour les parties communes, chacun défendant la position de son mandant. Les délais s'allongeaient, parfois plusieurs mois, avant qu'un responsable ne soit désigné et qu'un chèque parte enfin.

La convention IRSI, Indemnisation et Recours des Sinistres Immeuble, a remplacé ce système en juin 2018 par une règle simple sur le papier : c'est le montant estimé des dommages, et non la recherche immédiate d'un responsable, qui détermine quel assureur prend le dossier en charge et selon quelle procédure. Cette convention est un accord professionnel entre compagnies d'assurance, pas un texte de loi, mais elle s'applique de fait à la quasi-totalité des sinistres dégât des eaux et incendie en copropriété, car la grande majorité des assureurs du marché l'ont signée.

Seuils

Les deux seuils qui fixent la procédure

Selon les explications publiées par l'Institut National de la Consommation, la convention IRSI organise le traitement du sinistre autour de deux paliers financiers, évalués hors taxes.

Routage IRSI selon le montant du sinistre

Montant estimé des dommages, hors taxes.

0 € 1 600 € 5 000 € et +
Jusqu'à 1 600 € HT

Indemnisation directe, sans recherche de faute

Chaque assureur indemnise son propre assuré pour ses propres dommages, sans enquête sur l'origine ni recours entre compagnies. L'occupant sinistré est réglé par son propre contrat, que la fuite vienne ou non de chez le voisin.

De 1 600 à 5 000 € HT

Un assureur gestionnaire désigné, expertise possible

L'assureur du bâtiment ou du logement identifié comme point de départ du sinistre devient gestionnaire unique du dossier, peut mandater un expert et se retourne ensuite, si la responsabilité est confirmée, contre l'assureur du responsable.

Au-delà de 5 000 € HT de dommages estimés, la convention IRSI cesse de s'appliquer : le sinistre repasse au droit commun de la responsabilité civile, avec recherche classique du responsable, expertise contradictoire entre les compagnies concernées et recours indemnitaire selon les règles habituelles, sans le barème forfaitaire propre à l'IRSI.

Ampleur

Un sinistre sur deux vient d'une fuite d'eau

Le dégât des eaux n'est pas un sinistre marginal en habitation : il en constitue la première cause, loin devant l'incendie ou le vol. Cette fréquence explique pourquoi les assureurs ont jugé utile de se doter d'un barème conventionnel commun plutôt que de traiter chaque dossier au cas par cas.

44 % du nombre total des sinistres habitation en 2024 sont des dégâts des eaux
30 % de la charge financière totale des sinistres habitation en 2024
4,6 M de sinistres habitation indemnisés en France en 2024, tous types confondus

Source : France Assureurs, chiffres 2024 de l'assurance habitation.

Cette proportion écrasante de dégâts des eaux dans le total des sinistres habitation explique aussi pourquoi les délais de traitement pèsent lourd : un mécanisme conventionnel qui fait gagner quelques semaines sur chaque dossier représente, à l'échelle du marché, des millions d'heures de gestion économisées, mais ne garantit pas pour autant que le montant proposé à l'assuré soit optimal.

Limites

Pourquoi la convention n'est pas toujours à votre avantage

La convention IRSI a été pensée pour fluidifier les échanges entre assureurs, pas nécessairement pour maximiser l'indemnisation du sinistré. Plusieurs mécanismes internes à la convention peuvent réduire ce que le propriétaire touche réellement : un plafond forfaitaire d'indemnisation appliqué sans expertise détaillée en dessous de 1 600 €, un coefficient de vétusté déduit sur le mobilier ou les revêtements endommagés, ou encore une qualification rapide de la cause du sinistre par l'assureur gestionnaire, parfois contestable une fois les travaux ouverts et l'origine réelle mise au jour.

Un exemple concret illustre ce risque : une fuite estimée à 1 400 € par l'assureur au moment de la déclaration, et donc traitée sous le seuil de 1 600 € sans recherche de responsabilité, peut se révéler après ouverture des cloisons impliquer un dégât bien plus important, nécessitant un réajustement du dossier vers la tranche supérieure. Si l'assureur ne revoit pas spontanément son évaluation, il appartient au propriétaire de le signaler et, en cas de blocage, de faire constater l'écart par un expert indépendant.

En cas de désaccord sur le montant chiffré ou sur la cause retenue, une contre-expertise assurance reste la voie la plus directe pour rediscuter le chiffrage avant d'accepter une offre d'indemnisation qui vous semble insuffisante. Elle est particulièrement utile lorsque l'assureur gestionnaire qualifie hâtivement la cause du sinistre pour la rattacher aux parties communes ou, à l'inverse, à un lot privatif, ce qui déplace la charge financière sans que l'origine réelle du désordre ait été pleinement établie.

Méthode

La marche à suivre dès l'apparition du dégât

1. Constater et limiter

Couper l'arrivée d'eau concernée si possible, photographier l'étendue des dégâts dès leur apparition, et prévenir le voisin suspecté ainsi que le syndic si des parties communes semblent impliquées.

2. Déclarer sous 5 jours ouvrés

Déclarer le sinistre à son propre assureur dans le délai contractuel habituel de cinq jours ouvrés, en joignant les photos et une première estimation, même approximative, des dommages constatés.

3. Suivre la désignation du gestionnaire

Une fois le montant estimé, l'assureur gestionnaire est désigné selon les seuils IRSI. Demander explicitement quel assureur a été identifié comme gestionnaire et sur quelle base l'origine du sinistre a été retenue.

4. Contester si le chiffrage paraît bas

Si l'indemnisation proposée semble sous-évaluée au regard des dégâts réellement constatés, demander une contre-expertise avant de signer tout accord définitif avec l'assureur gestionnaire.

Le terme technique le plus souvent mal compris dans ces dossiers est celui de convention IRSI elle-même : beaucoup de sinistrés découvrent son existence seulement au moment où leur assureur la leur oppose pour justifier un délai ou un montant, sans en avoir été informés en amont. Connaître les seuils à l'avance permet d'anticiper la procédure applicable dès la déclaration du sinistre plutôt que de la découvrir après coup.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande le plus souvent

Qu'est-ce que la convention IRSI ?

L'IRSI, Indemnisation et Recours des Sinistres Immeuble, est une convention professionnelle signée entre assureurs qui organise, depuis juin 2018, le règlement des sinistres dégât des eaux et incendie en copropriété. Elle fixe un barème de responsabilité par défaut et désigne l'assureur gestionnaire du dossier selon le montant estimé des dommages, pour éviter que chaque assureur mène sa propre enquête en parallèle.

Qui paie si le sinistre vient du logement du voisin ?

Sous le seuil de 1 600 euros hors taxes de dommages, l'assureur de l'occupant du logement sinistré, c'est-à-dire celui qui subit le dommage, indemnise directement son assuré sans recherche de responsabilité ni recours entre assureurs, même si la fuite provient du logement voisin. Au-dessus de ce seuil et jusqu'à 5 000 euros hors taxes, l'assureur du bâtiment ou du logement à l'origine du sinistre devient gestionnaire et peut être recherché en responsabilité après expertise.

Que faire si l'expertise IRSI ne me semble pas juste ?

La convention IRSI organise les rapports entre assureurs, pas nécessairement les intérêts exacts de l'assuré : plafonds forfaitaires, coefficient de vétusté ou qualification rapide de la cause du sinistre peuvent minorer l'indemnisation proposée. En cas de désaccord sur le montant ou sur l'origine retenue, une contre-expertise permet de faire réexaminer le dossier par un expert indépendant avant d'accepter la proposition de l'assureur gestionnaire.

La convention IRSI s'applique-t-elle en dehors d'une copropriété ?

Non. La convention IRSI ne s'applique qu'aux sinistres dégât des eaux et incendie survenant dans un immeuble en copropriété, entre plusieurs lots ou entre un lot et les parties communes. Un sinistre entre deux maisons individuelles mitoyennes ou un sinistre purement locatif hors copropriété relève d'autres conventions, notamment la convention CIDRE pour les recours entre assureurs hors copropriété.

Au-dessus de 5 000 euros de dommages, comment le sinistre est-il traité ?

Au-delà de 5 000 euros hors taxes de dommages, la convention IRSI ne s'applique plus et le sinistre repasse au droit commun de la responsabilité civile, avec recherche classique de la cause et du responsable, expertise contradictoire entre les compagnies concernées et recours indemnitaire selon les règles habituelles, sans le barème forfaitaire propre à l'IRSI.

Interventions

Faire expertiser un dégât des eaux en copropriété

Analyse du dossier IRSI, chiffrage indépendant des dommages et assistance en cas de désaccord avec l'assureur gestionnaire : intervention sur l'ensemble de la région.