Incendie chez le voisin : fumées, suie, eau des pompiers, ce qui abîme votre logement et qui doit payer

Le feu n'a pas pris chez vous. Pourtant votre porte est noire, l'entrée sent le plastique brûlé, le plafond de la chambre goutte et un voile gris recouvre les meubles. Le voisin est sous le choc, son assureur ne répond pas, et vous découvrez qu'il ne suffit pas d'être la victime pour être indemnisé par celui chez qui tout a commencé.

Palier d'immeuble après un incendie : la porte de l'appartement sinistré est carbonisée, la porte voisine et le mur sont couverts de suie grise, le plafond est noirci et le carrelage mouillé porte des traces de pas
En bref

Votre assureur paie d'abord, le voisin seulement s'il a commis une faute

Quand un incendie se communique d'un logement à l'autre, le Code civil ne rend le voisin responsable que si une faute est prouvée contre lui. Le trouble anormal de voisinage ne s'applique pas. En pratique, c'est votre propre assurance habitation qui vous indemnise des fumées, de la suie, de la chaleur et de l'eau d'extinction, puis qui exerce un recours si la cause le permet. Votre position dans l'immeuble détermine les dégâts à rechercher, dont certains n'apparaissent qu'après plusieurs semaines.

Cet article s'adresse à ceux dont le logement a été touché par un feu né ailleurs : chez un voisin de palier, à l'étage du dessous, dans une maison mitoyenne. Si l'incendie a pris chez vous et que vous contestez l'évaluation de votre assureur, lisez plutôt notre dossier sur le sinistre incendie et la contre-expertise, qui détaille la vétusté, le chiffrage et le rôle d'un expert d'assuré. Et si ce sont les fumées ordinaires du poêle ou de la cheminée d'un voisin qui entrent chez vous, sans le moindre incendie, voyez l'article sur la fumée de cheminée du voisin.

Partie 1

À Paris et en petite couronne, un feu par heure

L'incendie d'un appartement voisin n'a rien d'exceptionnel. La Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, qui couvre Paris et les trois départements de petite couronne, publie chaque année ses chiffres d'activité. Ceux de 2024 donnent la mesure du risque.

Une journée moyenne de 2024 pour les pompiers de Paris

  • 9 147interventions pour feu dans l'année
  • 25par jour en moyenne
  • 82 mindurée moyenne d'une intervention
  • +41 %par rapport à 2023
42 % sur la voie publique58 % ailleurs : logements, commerces, autres bâtiments

Chaque barre est une intervention de 82 minutes. Vingt-cinq par jour représentent environ 2 050 minutes de feu à traiter pour 1 440 minutes dans une journée : en moyenne, 1,4 intervention pour feu est en cours à chaque instant.

Source : Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, rapport d'activité 2024, page 53. Moyenne journalière calculée sur 366 jours. Les barres sont espacées régulièrement pour la lecture : dans la réalité, les feux ne tombent pas à heure fixe.

Le même rapport décrit des feux qui ne sont pas restés dans le logement d'origine. Le 19 février 2024, dans un immeuble haussmannien du 12e arrondissement, le feu parti d'un appartement du quatrième étage a atteint huit autres appartements, la cage d'escalier principale, l'escalier de service et la toiture, parce que la porte de l'appartement était restée ouverte. Pour chacun de ces huit voisins, la question est la même que la vôtre : qui répare, et sur quel fondement.

Partie 2

Ce qui vous atteint dépend de l'endroit où vous vivez

Un incendie se propage chez les voisins par quatre voies distinctes : les flammes elles-mêmes, les fumées chaudes et la suie qu'elles transportent, la chaleur qui traverse planchers et cloisons, et l'eau que les pompiers projettent pour éteindre. Selon votre étage et votre position par rapport au logement sinistré, ce ne sont pas les mêmes dégâts qu'il faut chercher, ni les mêmes pièges.

Où se trouve votre logement par rapport au feu ?

Immeuble vu en coupe, feu au deuxième étage à gauche. Choisissez votre position.

Coupe d'un immeuble de cinq niveaux avec une cage d'escalier centrale. Le logement de gauche au deuxième étage est sinistré. Les fumées montent par la cage et la façade, l'eau d'extinction descend vers les étages inférieurs.
  • Logement sinistré
  • Votre logement
  • Fumées
  • Eau d'extinction

Vous êtes juste au-dessus du logement sinistré

Ce qui vous atteint
La chaleur traverse le plancher : parquet qui se décolle ou se tuile, carrelage qui se fissure, revêtement de sol qui gondole. Les fumées montent aussi par la façade quand les vitres de l'étage du feu éclatent, et par les gaines techniques et les conduits de ventilation partagés.
À regarder tout de suite
Les bouches de ventilation, les prises et les interrupteurs (traînées grises autour des plaques), l'état de vos fenêtres côté façade, le sol au droit du logement sinistré.
Le point qui se discute
Les dégâts du plancher peuvent toucher la structure commune de l'immeuble. Signalez-les aussi au syndic : le plancher entre deux logements relève souvent des parties communes.
Schéma simplifié. Un incendie réel combine souvent plusieurs voies : le voisin du dessous peut aussi recevoir des fumées, et celui du dessus de l'eau si l'attaque a été menée depuis son étage.

Partie 3

Les dégâts qu'on ne voit pas le premier jour

Le lendemain d'un incendie voisin, on fait l'inventaire de ce qui est visiblement noirci ou mouillé. Les dégâts les plus coûteux apparaissent souvent plus tard, quand le dossier est déjà presque clos. Il faut les connaître pour ne pas signer trop vite.

Mur blanc d'un séjour non touché par les flammes : traînées de suie grise autour d'une prise électrique et d'un interrupteur, ombre grise au-dessus du radiateur et ligne de suie à l'angle du plafond
Photo 1Rien n'a brûlé dans cette pièce. Les traînées autour de la prise et de l'interrupteur montrent que les fumées ont circulé dans les gaines et le vide de la cloison : l'installation électrique est à contrôler, pas seulement le mur à repeindre.
  • La corrosion différée. Les fumées de matières plastiques transportent des composés acides. Déposés sur les métaux, les contacts électriques ou l'électronique, ils peuvent provoquer une corrosion qui se révèle des semaines plus tard : appareils qui tombent en panne, robinetterie piquée, ferrures tachées.
  • L'odeur qui revient. Une odeur de brûlé disparaît après aération puis revient au premier jour humide ou au premier chauffage : la suie est entrée dans les isolants, les plâtres ou les gaines. Un simple lessivage ne suffit pas, il faut parfois déposer et refaire.
  • L'eau qui sèche mal. Un plafond qui semble sec peut cacher un isolant détrempé ou un plancher bois humide, qui moisira ensuite. Un relevé d'humidité avant de refermer évite de repeindre sur un support mouillé.
  • L'électricité. Une installation ayant reçu de l'eau ou de la suie doit être vérifiée par un électricien avant remise en service, et l'attestation conservée pour le dossier.
Plafond de chambre taché et cloqué par l'eau d'extinction venue de l'appartement du dessus, bassine et serviette posées sur le parquet mouillé pour recueillir les gouttes
Photo 2L'étage du dessous, quelques heures après l'intervention. Ce n'est pas un dégât des eaux au sens habituel : l'eau vient de l'extinction, elle est chargée de suie et doit être déclarée comme une conséquence de l'incendie.

Pour chacun de ces postes, le réflexe est le même : les mentionner par écrit à votre assureur dès qu'ils apparaissent, avec photos et date, et demander qu'ils soient intégrés au chiffrage. Si l'expert de la compagnie a déjà conclu, une contre-expertise reste possible tant que l'indemnité n'est pas acceptée.

Partie 4

Qui paie : votre assureur d'abord, le voisin seulement en cas de faute

C'est le point qui surprend le plus les victimes. Il paraît évident que celui chez qui le feu a pris doit réparer les dégâts qu'il a causés chez les autres. Le Code civil dit autre chose, et depuis longtemps.

Code civil, article 1242, alinéa 2

« Toutefois, celui qui détient, à un titre quelconque, tout ou partie de l'immeuble ou des biens mobiliers dans lesquels un incendie a pris naissance ne sera responsable, vis-à-vis des tiers, des dommages causés par cet incendie que s'il est prouvé qu'il doit être attribué à sa faute ou à la faute des personnes dont il est responsable. »

Pour vous : sans faute prouvée, pas de responsabilité du voisin. Lire l'article sur Légifrance

Code civil, article 1733

Le locataire répond de l'incendie envers son bailleur, « à moins qu'il ne prouve » notamment « que le feu a été communiqué par une maison voisine ».

Pour vous, si vous êtes locataire : le feu venu d'ailleurs vous dégage envers votre propriétaire. Lire l'article sur Légifrance

La conséquence pratique tient en un schéma. Vous n'avez pas à attendre qu'un responsable soit désigné pour être indemnisé, et vous ne devez pas compter sur le voisin pour l'être.

Le chemin de l'argent après un incendie venu de chez le voisin

Vos dégâts : fumées, suie, chaleur, eau d'extinction

Vous déclarez le sinistre à votre assureur habitation, dans le délai de votre contrat.

Votre assureur vous indemnise selon votre contrat

Garantie incendie, franchise, plafonds et vétusté de votre propre police. La recherche de la cause se fait en parallèle, souvent lors d'une expertise à laquelle les assureurs des voisins sont convoqués.

Faute prouvée

Bougie, cigarette, friteuse laissée sans surveillance, travaux par point chaud, installation bricolée : une faute du voisin ou d'une personne dont il répond est établie.

Votre assureur se retourne contre l'assureur responsabilité civile du voisin. Vous pouvez réclamer à ce dernier ce que votre contrat n'a pas couvert : franchise, dépassement de plafond, préjudices non garantis.

Pas de faute prouvée

Cause indéterminée, défaillance d'un appareil sans négligence, court-circuit dans une installation conforme.

Pas de recours contre le voisin. Votre indemnisation s'arrête à ce que prévoit votre contrat, d'où l'importance de faire chiffrer complètement vos dommages.

Vous n'êtes pas assuré ? Il ne reste que l'action directe contre le voisin et son assureur, et c'est à vous de prouver la faute.

En copropriété, la convention IRSI organise entre assureurs la gestion des incendies comme des dégâts des eaux : elle ne change pas vos droits, mais elle désigne l'assureur qui pilote l'expertise. Le fonctionnement est détaillé dans notre article sur le dégât des eaux causé par un voisin et la convention IRSI.

Une faute peut aussi venir d'ailleurs que du voisin : une entreprise intervenue dans son logement, un électricien dont l'installation était défectueuse, un syndic qui a laissé hors service la porte coupe-feu de la cage. L'expertise de recherche de cause sert précisément à identifier tous les responsables possibles. Si un diagnostic électrique récent avait déclaré conforme une installation à l'origine du feu, la piste du diagnostiqueur et de son erreur mérite aussi d'être examinée.

Partie 5

Pourquoi le trouble anormal de voisinage ne vous sauvera pas

Face à l'exigence d'une faute, l'idée vient vite d'invoquer le trouble anormal de voisinage, qui permet d'obtenir réparation sans prouver de faute, comme après des dommages causés par les travaux d'un voisin. La Cour de cassation a fermé cette porte pour l'incendie.

Cass. 2e civ., 7 février 2019, n° 18-10.727, publié au Bulletin

  1. Les faitsLe 31 mai 2011, un feu prend dans la cabine de peinture d'une carrosserie installée au rez-de-chaussée, probablement à cause d'un court-circuit sur un câblage sous-dimensionné. Il se propage à l'appartement du premier étage.
  2. La demandeLes propriétaires de l'appartement réclament réparation au titre du trouble anormal de voisinage, régime qui ne suppose pas de faute.
  3. La réponseRejet. Ce régime « ne peut être étendu au cas de communication d'un incendie entre immeubles voisins », qui relève exclusivement de l'article 1242 alinéa 2. Sans faute prouvée, pas de réparation par le voisin.

La loi du 15 avril 2024 a depuis inscrit le trouble anormal de voisinage dans le Code civil, à l'article 1253, sans revenir sur cette règle propre à l'incendie. La bataille se joue donc sur la cause du feu. Trois éléments pèsent dans la balance : les constatations des pompiers et, le cas échéant, de la police ; les conclusions de l'expert chargé de la recherche de cause ; et ce que vous avez vous-même vu, entendu ou photographié dans les premières heures.

Partie 6

Les démarches, du premier soir à l'indemnité

  1. Le soir même
    Photographier avant de nettoyer. Chaque pièce, en plan large puis en détail : prises, bouches de ventilation, plafonds, porte palière. Ne jetez rien de ce qui est abîmé sans l'avoir photographié et, si possible, montré à l'expert.
  2. Sous 5 jours ouvrés
    Déclarer à votre assureur. Le Code des assurances fixe un délai de déclaration qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés ; votre contrat peut prévoir plus long. Précisez que le feu a pris chez un voisin, son nom et son étage, et listez chaque voie par laquelle le sinistre vous a atteint. Le déroulé d'une déclaration de sinistre rappelle ce qu'elle doit contenir.
  3. Première semaine
    Informer le syndic et identifier l'assureur du voisin. Le syndic déclare de son côté les dégâts aux parties communes et peut vous communiquer les coordonnées de l'assureur de l'immeuble. Demandez au voisin l'attestation de son assurance habitation.
  4. Avant l'expertise
    Préparer vos postes. Liste chiffrée des biens, factures, devis de nettoyage spécialisé et de remise en état, frais de relogement. Une suie grasse demande souvent une entreprise de nettoyage après sinistre, pas un simple lessivage.
  5. Pendant l'expertise
    Être présent et faire noter. Faites consigner les dégâts différés (odeur, électricité, humidité) et demandez ce qui est retenu sur la cause du feu. Si l'enjeu est important ou si vous contestez le chiffrage, un expert d'assuré défend vos intérêts face à celui de la compagnie, et l'article sur le moment où mandater un expert sinistre habitation aide à décider.
  6. En cas de blocage
    Réclamation puis médiation. Écrivez au service réclamations de votre assureur ; sans réponse satisfaisante, la saisine du médiateur de l'assurance est gratuite.
Questions fréquentes

Incendie chez un voisin : vos questions

Le voisin chez qui le feu a pris doit-il forcément payer mes dégâts ?

Non. L'article 1242 alinéa 2 du Code civil prévoit que celui qui détient un immeuble dans lequel un incendie a pris naissance n'est responsable envers les voisins que si l'on prouve une faute de sa part, ou de celle des personnes dont il répond. Si la cause reste inconnue ou relève d'un accident sans faute, vous êtes indemnisé par votre propre assurance habitation, sans recours contre le voisin.

Je ne suis pas responsable : pourquoi déclarer à mon propre assureur ?

Parce que c'est lui qui vous indemnise en premier, selon votre contrat, sans attendre de savoir qui est responsable. Si une faute du voisin est établie, votre assureur se retourne ensuite contre l'assureur de ce voisin. Attendre que le voisin ou son assureur paie directement peut vous faire perdre des mois, et dépasser le délai de déclaration fixé par votre contrat.

Puis-je invoquer le trouble anormal de voisinage ?

Pas pour un incendie communiqué d'un logement à l'autre. La Cour de cassation a jugé le 7 février 2019 (n° 18-10.727) que ce régime ne peut pas être étendu à la communication d'un incendie entre immeubles voisins, qui relève exclusivement de l'article 1242 alinéa 2 du Code civil. Il faut donc prouver une faute.

Je suis locataire : mon propriétaire peut-il me reprocher les dégâts ?

Le locataire répond en principe de l'incendie envers son bailleur, mais l'article 1733 du Code civil l'exonère s'il prouve que le feu a été communiqué par une maison voisine. Gardez donc toutes les preuves que le feu a pris ailleurs : rapport des pompiers ou de police s'il existe, attestation du syndic, conclusions des experts. Vos biens personnels restent à déclarer à votre propre assurance habitation.

L'eau des pompiers a abîmé mon plafond : est-ce un dégât des eaux ?

L'eau d'extinction est une conséquence de l'incendie et des mesures de secours, pas une fuite. Dans la plupart des contrats, elle est prise en charge au titre de la garantie incendie, qui couvre aussi les dommages causés par les secours. Vérifiez la rédaction de vos conditions générales et déclarez le sinistre comme un incendie survenu chez un voisin, en décrivant l'eau d'extinction.

Interventions

Chiffrer les dégâts d'un incendie voisin

Nous intervenons en Île-de-France chez les occupants touchés par un incendie né dans un logement voisin : relevé des dépôts de suie et des voies de propagation, contrôle de l'humidité laissée par l'eau d'extinction, inventaire des dégâts différés, chiffrage complet de la remise en état et assistance pendant l'expertise organisée par les assureurs.