Logement inhabitable après un sinistre : relogement, perte d'usage, loyer, qui paie quoi ?

Le plafond de la chambre s'est effondré, l'électricité est coupée, ou l'odeur de fumée rend l'appartement irrespirable. Ce soir, il faut dormir ailleurs, et peut-être pour des mois. L'hôtel sera-t-il remboursé ? Faut-il continuer à payer le loyer, ou le crédit ? Combien vaut la privation de son propre logement, et jusqu'à quand l'assureur paiera-t-il ?

Chambre d'appartement après une fuite venue de l'étage : plafond en plaque de plâtre effondré sur le lit, gravats au sol, seau sous les gouttes, valise et carton préparés près de la porte
En bref

Quatre garanties distinctes, et un statut qui change tout

Un contrat multirisque habitation peut couvrir les frais de relogement, la perte d'usage, la perte de loyers et les frais de déménagement ou de garde-meubles. Ce ne sont pas les mêmes garanties, elles ne se cumulent pas toujours, et elles ont chacune un plafond. Ce qui vous revient dépend d'abord de votre statut : propriétaire occupant, locataire ou bailleur. Le locataire ne paie plus son loyer si le logement est détruit, et peut en obtenir la diminution s'il ne l'est qu'en partie. Le montant de la perte d'usage se discute sur la valeur locative réelle du logement, et la durée se gagne en faisant constater, dès la première visite de l'expert, tout ce qui est inutilisable.

Cet article traite du logement rendu inhabitable par un sinistre couvert par l'assurance habitation : dégât des eaux, incendie, explosion, tempête. Si la cause est une inondation ou une sécheresse reconnue catastrophe naturelle, les règles d'indemnisation propres à ce régime sont expliquées dans l'article sur l'inondation et l'arrêté de catastrophe naturelle. Si le logement est rendu invivable par des travaux, voyez plutôt les travaux du bailleur dans un logement loué ou les dégâts causés par des travaux de copropriété.

1Constater

« Inhabitable » : personne ne le décrète à votre place

Aucun texte ne définit le logement inhabitable en assurance. C'est le contrat, puis l'expert de l'assureur, qui en jugent, à partir de ce que vous montrez. Dans la pratique, la question se pose quand l'un des éléments sans lesquels on ne peut pas vivre normalement fait défaut :

  • l'électricité coupée ou dangereuse après une arrivée d'eau dans le tableau ou les gaines ;
  • l'eau ou le chauffage hors service, surtout en hiver ;
  • une menace pour la sécurité : plafond effondré ou qui gonfle, plancher affaibli, toiture ouverte ;
  • un air vicié : suies et odeurs après un incendie, humidité massive et moisissures après un dégât des eaux ;
  • des pièces essentielles perdues : la seule chambre, la cuisine, la salle d'eau.
Tableau électrique d'un appartement après un dégât des eaux : disjoncteurs abaissés, ruban adhésif sur l'interrupteur général, coulures d'eau brunâtres sur le mur autour
Disjoncteurs abaissés, interrupteur général condamné, coulures sur le mur : une photo comme celle-ci, prise avant toute intervention, vaut plus qu'une longue description. Faites-la confirmer par l'attestation de l'électricien qui interdit la remise sous tension.

Constituez vous-même la preuve dès le premier jour : photos datées de chaque pièce, attestation d'intervention des pompiers, compte rendu de l'électricien ou du plombier qui a coupé les réseaux, éventuel courrier de la mairie. Si les pompiers ou la mairie constatent un danger pour la structure, un arrêté de mise en sécurité peut suivre : il change les règles pour le locataire et le bailleur, comme on le verra plus bas. La procédure elle-même est décrite dans l'article sur l'arrêté de mise en sécurité.

2Lire le contrat

Quatre lignes du contrat, trois statuts

Ouvrez les conditions générales à la rubrique des « frais et pertes » ou « garanties annexes ». On y trouve, selon les contrats, des frais de relogement ou d'hébergement provisoire (des dépenses réelles, sur factures), une perte d'usage (la privation de jouissance, calculée sur la valeur locative), une perte de loyers (pour le propriétaire qui loue) et des frais de déménagement et de garde-meubles. Choisissez votre situation :

Dormir ailleurs

Propriétaire occupantVotre multirisque habitation, si elle comporte la garantie frais de relogement, dans la limite de son plafond et de sa durée.

LocataireVotre propre assurance habitation, même garantie. Si le sinistre vient du bailleur ou d'un voisin, un recours contre eux ou leur assureur reste ouvert.

BailleurRien pour vous-même, mais si un arrêté interdit d'habiter, vous devez héberger votre locataire à vos frais.

Être privé de son logement

Propriétaire occupantLa perte d'usage, si le contrat la prévoit, sur la valeur locative des pièces inutilisables. Elle ne se cumule pas toujours avec le relogement.

LocataireLa perte d'usage de votre contrat si elle existe, et surtout la baisse ou l'arrêt du loyer prévus par le Code civil.

BailleurPas de perte d'usage : vous n'occupez pas les lieux. C'est la perte de loyers qui vous concerne.

Loyer ou crédit

Propriétaire occupantVos mensualités continuent : aucune garantie habitation ne suspend le crédit. C'est la perte d'usage qui compense.

LocatairePlus de loyer si le logement est détruit, moins de loyer s'il l'est en partie, loyer suspendu en cas d'arrêté d'interdiction d'habiter.

BailleurVotre garantie perte de loyers, dans l'assurance propriétaire non occupant ou celle de l'immeuble, compense les loyers perdus.

Déménager, stocker

Propriétaire occupantVotre multirisque, au titre des frais annexes : déménagement, garde-meubles, réinstallation.

LocataireVotre multirisque, pour vos propres meubles.

BailleurVotre contrat propriétaire non occupant, pour le mobilier d'un logement loué meublé.

Remettre en état

Propriétaire occupantVotre assurance pour le bâti et le contenu, ou celle du responsable et de la copropriété selon l'origine.

LocataireVos embellissements et votre mobilier ; les murs, sols et réseaux relèvent du bailleur.

BailleurLe bâtiment, par votre contrat ou celui de l'immeuble, les parties communes par la copropriété.

Schéma général. Seul votre contrat dit si chaque garantie existe, avec quel plafond et quelles exclusions.

Quand le sinistre vient de chez un voisin, les conventions entre assureurs déterminent qui gère le dossier, sans changer vos droits à indemnisation : le cas du dégât des eaux est détaillé dans l'article sur la convention IRSI, celui de l'incendie dans l'article sur l'incendie chez le voisin.

3Le bail

Locataire et bailleur : ce que dit le Code civil

L'article 1722 du Code civil règle la situation sans passer par l'assurance. Si le logement est détruit en totalité par cas fortuit pendant le bail, le bail est résilié de plein droit : le loyer n'est plus dû, et le locataire part sans indemnité de part ni d'autre. S'il n'est détruit qu'en partie, le locataire peut demander soit une diminution du loyer, soit la résiliation du bail. Les tribunaux assimilent à une destruction totale l'impossibilité absolue et définitive d'utiliser le logement pour l'habiter, même si les murs tiennent.

L'incendie obéit à une règle particulière : selon l'article 1733, le locataire en répond, sauf s'il prouve qu'il est dû à un cas fortuit, à un vice de construction ou qu'il s'est propagé depuis un logement voisin. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'assurance des risques locatifs est obligatoire pour lui.

Enfin, si l'autorité publique prend un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité assorti d'une interdiction d'habiter, le Code de la construction et de l'habitation prend le relais : le loyer cesse d'être dû et le propriétaire doit assurer l'hébergement, ou le relogement si l'interdiction est définitive. Le bailleur peut alors se retourner contre le responsable du sinistre, et contre son propre assureur au titre de la perte de loyers. Si le désaccord porte sur des réparations que le bailleur tarde à faire, l'article sur le logement indécent détaille les moyens de l'y contraindre.

4Chiffrer

Combien vaut la privation de son logement

La perte d'usage se calcule le plus souvent sur la valeur locative : ce que vous paieriez pour louer votre propre logement. L'assureur avance parfois un chiffre bas, sans dire d'où il vient. Les loyers effectivement pratiqués dans l'agglomération parisienne sont pourtant publiés chaque année par l'observatoire des loyers, et ils donnent un ordre de grandeur opposable.

Loyer médian au m² dans l'agglomération parisienne

Logements du parc locatif privé non meublé, loyers hors charges au 1er janvier 2025, en euros par m² et par mois.

ParisAgglomération hors Paris
  • 1 pièce30,923,1
  • 2 pièces26,818,8
  • 3 pièces25,616,1
  • 4 pièces et plus24,915,2
  • Maison 1 à 3 piècesnon publié pour Paris15,4
  • Maison 4 pièces et plusnon publié pour Paris16,0
  • Ensemble27,318,3

Loyer mensuel médian d'un logement : 1 108 € à Paris, 850 € dans l'agglomération hors Paris.

Source : observatoires locaux des loyers, résultats 2025 de l'agglomération parisienne (Paris et agglomération hors Paris), jeu de données « Résultats des observatoires locaux des loyers par agglomération » publié sur data.gouv.fr par le ministère chargé du logement.

À surface égale, un appartement parisien se loue près d'une fois et demie plus cher qu'en banlieue, et les petites surfaces sont les plus chères au m². Utilisez ces médianes pour vérifier l'ordre de grandeur proposé, puis affinez avec des annonces comparables de votre quartier : un logement rénové, avec extérieur ou bien situé se loue au-dessus de la médiane.

Estimer la perte d'usage

Où se trouve le logement ?

Décompte indicatif

Loyer médian retenu
26,8 €/m²
Valeur locative mensuelle
1 206 €
Part inutilisable
× 100 %
Durée
× 6 mois

Perte d'usage estimée7 236 €

Ordre de grandeur fondé sur la médiane de l'observatoire des loyers, pas une offre d'indemnité. Votre contrat peut retenir une autre base, et un logement de qualité se loue au-dessus de la médiane.

5Tenir la durée

Le relogement dure tant que le dossier n'avance pas

Les contrats couvrent le relogement « pendant la durée nécessaire à la remise en état », presque toujours dans une limite fixée en mois ou en euros. Chaque semaine perdue entre la déclaration et le début des travaux se paie donc deux fois : en inconfort, et en jours de garantie consommés. Voici les étapes où le temps se joue.

  1. Le jour même

    Mettre à l'abri, photographier, garder chaque facture

    Coupez l'eau ou l'électricité si nécessaire, prenez des photos de chaque pièce avant de déplacer quoi que ce soit, conservez la facture d'hôtel dès la première nuit.

  2. Sous 5 jours ouvrés

    Déclarer, en écrivant le mot « inhabitable »

    Le Code des assurances fixe ce délai minimal pour déclarer un sinistre, sauf délai plus long au contrat. Demandez par écrit l'accord sur l'hébergement et son plafond.

  3. Premières semaines

    Faire constater chaque pièce perdue par l'expert

    C'est la visite qui fixe la base de la perte d'usage. Listez avec lui les pièces inutilisables, les réseaux coupés, l'humidité mesurée, et demandez le compte rendu.

  4. Chiffrage

    Obtenir l'accord sur les travaux sans attendre

    Transmettez vos devis vite et relancez par écrit. Une fois l'indemnité convenue, l'assureur doit l'exécuter dans le délai prévu au contrat.

  5. Travaux

    Séchage, puis remise en état

    Après un dégât des eaux, les murs et planchers doivent sécher avant d'être refermés. Notez les dates de chaque intervention : elles justifieront une prolongation.

  6. Retour, et deux ans pour agir

    Solder le dossier, contester si besoin

    L'action contre votre assureur se prescrit en principe par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance. Ne laissez pas un refus partiel sans réponse écrite.

6Contester

Garantie refusée, plafond atteint, durée contestée

Les désaccords tiennent presque toujours à quatre points :

  • « Le logement reste habitable. » Répondez par des faits : attestation de l'électricien, mesures d'humidité, photos datées, certificat médical pour un enfant asthmatique ou une personne fragile. Un expert d'assuré peut faire ce constat contradictoire, son rôle est décrit dans l'article sur l'expert d'assuré.
  • « La perte d'usage ne porte que sur une pièce. » Un logement sans cuisine, sans salle d'eau ou sans électricité ne s'habite pas à moitié : c'est l'usage du tout qui est perdu.
  • « Le plafond est atteint. » Vérifiez si le retard vient de l'assureur lui-même, par exemple d'une expertise tardive ou d'un chiffrage contesté. Un retard fautif de l'assureur peut justifier des dommages et intérêts au-delà du plafond.
  • « L'indemnité est réduite. » Si la réduction vient d'une erreur dans la déclaration du nombre de pièces, la mécanique est expliquée dans l'article sur l'indemnité réduite pour pièces mal déclarées.

Si le dialogue bloque, la contre-expertise en assurance habitation permet d'opposer un chiffrage argumenté à celui de l'assureur, puis la médiation de l'assurance peut être saisie gratuitement avant toute action en justice. Après un incendie, la reconstitution des dommages a ses propres difficultés, traitées dans l'article sur la contre-expertise après un incendie. Nous intervenons en contre-expertise d'assurance pour faire constater l'état du logement, chiffrer la remise en état et documenter la durée réelle de privation.

Questions fréquentes

Relogement après un sinistre : vos questions

L'assurance habitation paie-t-elle l'hôtel après un sinistre ?

Oui si votre contrat comporte une garantie de frais de relogement ou d'hébergement provisoire, ce qui est fréquent dans les contrats multirisques habitation mais pas systématique. Elle prend en charge un hébergement pendant la durée nécessaire à la remise en état, dans la limite d'un plafond en montant et souvent en durée fixé par le contrat. Gardez toutes les factures et faites valider l'hébergement par l'assureur dès que possible.

Le locataire doit-il continuer à payer son loyer si le logement est inhabitable ?

Si le logement est entièrement détruit, le bail est résilié de plein droit et le loyer n'est plus dû (article 1722 du Code civil). Si la destruction n'est que partielle, le locataire peut demander une diminution du loyer ou la résiliation du bail. Lorsqu'un arrêté de mise en sécurité ou d'insalubrité interdit d'habiter, le loyer cesse d'être dû et le propriétaire doit assurer l'hébergement des occupants.

Qu'est-ce que la perte d'usage dans une assurance habitation ?

C'est l'indemnisation de la privation de jouissance de tout ou partie du logement pendant la remise en état. Elle est en général calculée sur la valeur locative des pièces inutilisables, au prorata de la durée. Selon les contrats, elle remplace ou complète les frais de relogement : il faut lire la définition exacte et les exclusions de votre contrat.

Combien de temps l'assurance prend-elle en charge le relogement ?

La durée est fixée par le contrat, souvent jusqu'à la remise en état dans la limite d'un nombre de mois, et parfois exprimée en plafond financier. Si les travaux s'éternisent pour une cause qui ne vous est pas imputable, par exemple un désaccord sur le chiffrage ou un retard de l'assureur, cette prolongation peut se discuter, preuves de date à l'appui.

Peut-on être indemnisé si l'on est hébergé chez des proches ?

Les frais de relogement remboursent des dépenses réelles : sans facture, ils sont difficiles à obtenir. En revanche, la garantie perte d'usage, quand elle existe, indemnise la privation du logement elle-même, que vous soyez à l'hôtel, en location ou chez des proches. Vérifiez si votre contrat la prévoit et sur quelle base elle est calculée.

Interventions

Faire constater un logement inhabitable

Nous constatons l'état du logement après le sinistre, chiffrons la remise en état et la durée de privation, et défendons votre dossier face à l'expert de l'assureur, partout en Île-de-France.